Les récentes élections territoriales en Corse ont de nouveau laissé surgir l’orientation indépendantistes d’une île qui ne s’est jamais considérée comme territoire français depuis sa cession par Gênes à la France en 1768.

En effet, malgré une certaine autonomie acquise par rapport à l’administration centrale de Paris et une abstention record de 42.5 % lors du deuxième tour tenu le 10 décembre en cours, la tendance nationaliste a remporté le scrutin haut la main avec 56.5 % des voix.

Le scrutin en soi est inédit. Les électeurs étaient appelés à désigner les 63 élus de la nouvelle collectivité territoriale de l’île, une sorte de mini parlement, désormais composé de l’ancienne collectivité territoriale régionale et des deux départements corses.

Et cela n’est pas tout. La propension indépendantiste est indirectement révélée par la montée progressive des nationalistes qui ont raflé une majorité respectable des votes exprimés. Un plébiscite pour le courant qui ne cesse de progresser, puisque ces mêmes nationalistes n’ont pu obtenir que 35.34 % des suffrages lors des élections de 2015.

« Il est certain que les nationalistes ont, grâce à leurs réseaux de militants, davantage mobilisé que l’opposition, par ailleurs très divisée », a constaté Jérôme Fouquet, spécialiste de l’opinion à l’Institut français de l’opinion publique (Ifop), dans une déclaration accordée au journal La Croix.

Il précise, dans ce contexte, que les « revendications, à commencer par l’idée que les affaires corses devraient davantage être gérées en Corse, sont devenues majoritaires. »

Pour les mener à la victoire, il faut dire que les nationalistes ont adopté une stratégie payante. Le parti indépendantiste de Jean-Guy Talamoni et le groupe autonomiste de Gilles Siméoni avaient uni leurs forces pour rassembler le plus grand nombre de voix.

Mais de l’avis de plusieurs observateurs, la Corse aura encore du chemin à parcourir avant de prétendre une indépendance en bonne et due forme. Car, mis à part l’aspect politique, l’économie corse est loin d’être suffisamment prospère pour se prendre totalement en charge.

C’est une économie basée essentiellement sur le tourisme. Et il s’avère que plus de 70% des touristes sont en provenance de la France et son agriculture accuse un déficit de performance et ne représente que 2 à 3 % du PIB. Le PIB par tête d’habitant est lui-même inférieur de plus de 11 % à la moyenne française.

Les nationalistes sont bien conscients de cette donne. Et si l’indépendance n’est pas prévue au calendrier en ce moment, l’autonomie en revanche, fait partie des perspectives qui se profilent à l’horizon de trois ans pour pouvoir être réellement effective dans environ dix ans.

Que dira Paris ?

Jean Guy Talamoni avait demandé, début décembre, « au président de la République de rompre avec la politique de l’indifférence et le déni démocratique », lui suggérant, de répondre positivement aux volontés autonomistes, voir indépendantistes de la Corse.

Le groupe, arrivé en tête dimanche, porte en réalité un certain nombre de revendications bien précises pour accroître le pouvoir local comme l’extension du pouvoir législatif, la reconnaissance du peuple corse dans la constitution ou encore la co-officialité de la langue corse.

A l’issue du scrutin, le premier ministre Edouard Philippe a adressé ses « félicitations républicaines » à Jean-Guy Talamoni, avant de lui signifier qu’il était disposé à le recevoir à Paris « dès l’installation de la nouvelle collectivité ».

Interrogé par Europe 1 entre les deux tours des élections, Talamoni avait déclaré que « la question de l’indépendance n’est pas posée aujourd’hui. […] Nous voulons un statut d’autonomie. »

« Les indépendantistes inscrivent, aujourd’hui, leur action dans un cadre exclusivement démocratique et disent que ce sont les Corses qui décideront. Si les Corses ne veulent pas d’indépendance, il n’y aura pas d’indépendance ».

Quelques jours plus tôt, au micro de France Inter il affirmait pourtant que « la séquence suivante, pourrait être l’indépendance dans 10 ans ou dans 15 ans », tout en précisant avoir « un accord de mandature avec nos partenaires autonomistes pour dix ans. Il n’y aura donc pas, pendant ces dix ans, de procédure d’indépendance ».

Tout laisse, donc, à penser que les nouveaux élus, n’ont pas abandonné leurs projets indépendantistes et qu’ils reviendront très vite dans le débat public.

Cela étant, la grande question qui sera désormais à l’ordre du jour est comment réagira Paris face à cette tendance indépendantiste, surtout qu’il s’agit maintenant d’un fait de mode qui a gagné plusieurs pays à travers le monde.

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