Le président du gouvernement espagnol a tenté de minimiser le résultat des indépendantistes catalans, estimant que les unionistes avaient gagné cette élection.

C’est «un résultat que personne ne peut discuter». Jeudi soir, Carles Puigdemont savourait la victoire du camp indépendantiste aux élections régionales de Catalogne. Le premier ministre espagnol Mariano «Rajoy a perdu le plébiscite qu’il cherchait» et le fait que le camp indépendantiste reste majoritaire est «une claque», a lancé le dirigeant séparatiste catalan en exil à Bruxelles.

Les trois listes indépendantistes ont obtenu 70 sièges sur 135, soit deux de plus que la majorité absolue (qui est à 68 sièges).

Une victoire en forme de désaveu pour Madrid, qui espérait que ce scrutin les affaiblirait et mettrait fin à la crise qui agite la région la plus riche du pays. «Je veux féliciter le peuple catalan parce qu’il a donné une leçon au monde», «une leçon de civisme et de démocratie!», a jubilé Carles Puigdemont devant un petit parterre de militants indépendantistes catalans et de sympathisants nationalistes flamands réunis dans une salle du centre-ville de Bruxelles. «Nous avons gagné cette nuit le droit d’être écoutés!», a-t-il martelé.

«Je suis prêt à rencontrer Mr Rajoy à Bruxelles ou dans n’importe quel autre lieu de l’Union européenne qui ne soit pas l’État espagnol pour des raisons évidentes», a assuré devant la presse Carles Puigdemont, poursuivi pour «rébellion et sédition» et qui risque d’être arrêté à son retour en Espagne.

Il a fallu attendre le début de l’après-midi pour avoir la réponse de Mariano Rajoy. Et ce dernier n’entend rien céder aux indépendantistes. Le président du gouvernement espagnol a minimisé leur score. Il estime au contraire que ce sont les unionistes de Ciudadanos qui ont emporté le scrutin. Ces derniers sont en effet la première force du Parlement, mais seraient dépassés en nombre par une éventuelle alliance des indépendantistes. À la question de savoir s’il répondrait à la proposition de rencontre faite par Carles Puigdemont, Mariano Rajoy a ainsi répondu qu’il s’assiéra «pour discuter avec la personne qui a gagné ces élections, Mme Arrimadas», la leader de Ciudadanos en Catalogne.

«Nous sommes ouverts à toute mesure capable de normaliser la situation» a affirmé le chef du gouvernement, qui estime qu’il faut que les fractures de la société catalane se referment. «J’espère que le nouveau gouvernement reviendra sur les décisions unilatérales qui ont été prises et qu’il reviendra dans la légalité», précisant que «l’État de droit» était «la base» de toute future politique. «Je n’accepterai pas que l’on bafoue la constitution espagnole», prévient-il. C’est donc une nouvelle fois l’impasse.

Les opposants aux indépendantistes sont rapidement montés au créneau jeudi soir, arguant que les Catalans opposés à la sécession avaient démontré qu’ils étaient plus nombreux que les autres. Même s’ils n’ont pas raflé la majorité des sièges, ils ont obtenu 52,1 % des voix, contre 47,5 % pour les indépendantistes. La loi électorale catalane prévoit un système de pondération des voix qui avantage les provinces rurales, où les indépendantistes sont très implantés, d’où leur victoire en sièges au parlement régional.

«Une chose est désormais encore plus claire (…) la majorité sociale soutient l’union avec le reste des Espagnols et des Européens et les partis nationalistes ne pourront plus jamais parler au nom de toute la Catalogne, car la Catalogne c’est nous tous», a martelé Inès Arrimadas, la patronne du parti anti-indépendantiste catalan Ciudadanos. Pour son parti, le résultat des élections est un succès: Ciudadanos, fondé en 2006 justement pour lutter contre les nationalistes et la corruption, est la première force politique au parlement, avec 37 sièges, contre 25 deux ans plus tôt.

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