Trump reconnaît Jérusalem capitale d’Israël. Il autorise la livraison d’armes létales en Ukraine. Il est le Président d’un pays qui déploie des dizaines de milliers de soldats à travers le monde.

Où est l’isolationnisme prôné par Trump pendant sa campagne? ne s’agit-il pas plutôt d’une stratégie de la tension à l’échelle mondiale? Analyse.

Ce 21 décembre, l’Assemblée générale de l’ONU s’apprête à voter une nouvelle résolution — deux jours après la première — qui condamnerait la reconnaissance de Jérusalem par Donald Trump comme capitale de l’État d’Israël. Si la décision du Président des États-Unis est avant tout motivée par des raisons de politique intérieure, sur le plan international, elle fait largement écho au slogan «America First». Cette expression marketing replace sur le devant de la scène la doctrine isolationniste traditionnelle prônée pendant la campagne présidentielle.

Quel que soit le consensus de la communauté internationale dans le conflit israélo-palestinien, Donald Trump décide unilatéralement, en tant que Président de son pays, quelle politique les États-Unis souhaitent mettre en place. Et si Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU, menace les pays qui vont voter cette résolution — «les États-Unis noteront les noms» —, un isolement de la communauté internationale n’est pas en contradiction de la politique extérieure de Donald Trump.

En effet, les postulats principaux de cette stratégie, érigée en doctrine par le président Monroe et renouvelée au XXe siècle, sont la souveraineté et la liberté totales des États-Unis. Elle s’oppose donc à tout pouvoir supérieur d’une organisation internationale, en l’espèce l’ONU.

Si Donald Trump a souvent dénoncé les interventions militaires américaines comme celle de 2003 en Irak, on apprenait ces dernières semaines que des milliers de soldats américains étaient présents au Moyen et Proche-Orient et même en Afrique.

En Syrie, par exemple, le major général James Jarrard, commandant des forces spéciales américaines en Irak et en Syrie quadruplait le nombre officiel de soldats présents en Syrie, passant de 1.000 à 4.000. S’il s’est repris en annonçant qu’ils n’étaient finalement que 500, des analystes militaires l’avaient auparavant évalué à 2.000.

Au Niger, là encore, on découvrait, à la suite de la mort de quatre soldats des opérations spéciales en octobre, qu’il y aurait plus de 800 militaires américains dans ce pays d’Afrique de l’Ouest et officiellement 6.000 dans 53 pays du continent.

Si de nombreux autres soldats américains sont présents en Europe (Allemagne, Italie), en Asie (Japon, Philippines), etc., c’est sur les théâtres de guerre que cette présence interpelle. En effet, au Yémen, alors que la guerre sévit depuis 2014, que les morts se comptent en milliers et les déplacés en millions, le Département de la Défense américaine a reconnu de multiples opérations terrestres au Yémen et plus de 120 frappes aériennes! Si la lutte contre le terrorisme est la raison officielle de ces déploiements, l’alliance avec l’Arabie saoudite est aussi évidente. Et le but recherché est bien la lutte affichée contre l’ennemi hégémonique du Moyen-Orient, l’Iran.

Là encore, si Donald Trump est à contre-courant de la communauté internationale dans le dossier de l’accord nucléaire iranien, la pression exercée sur la République islamique répond à des enjeux de géopolitiques globaux dans cette région instable.

Cette politique s’inscrit très clairement dans une politique interventionniste contraire à l’isolationniste mis en avant pourtant par Donald Trump lui-même.

Cette doctrine interventionniste s’exprime aussi par la politique américaine en Ukraine. En effet, Donald Trump semble avoir donné son accord pour que les États-Unis livrent des armes létales à l’Ukraine comme le révèle le journal The Hill. Le projet, dans les tuyaux depuis quelques semaines, se réalise quelques jours après une autorisation similaire de la part du gouvernement canadien. En réaction, Dmitri Peskov, le secrétaire de presse de Vladimir Poutine, dénonce les possibles livraisons américaines d’armes létales en Ukraine en considérant qu’elles pourraient le pouvoir dangereux des nationalistes ukrainiens et conduire à des effusions de sang.

Ainsi, si la politique américaine semble multiple et contradictoire, elle entraîne à chaque décision, qu’elle soit du Département de la Défense ou de la Maison-Blanche, de très vives réactions. C’est sans doute l’effet recherché, puisqu’elles retrouvent toute leur cohérence si on les inclut dans une stratégie de la tension: diviser pour mieux régner, affaiblir ses adversaires potentiels en multipliant les points de friction avec eux. D’aucuns la qualifient d’ailleurs de stratégie du chaos. Exagéré?

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