Réélection assurée en mars à la tête du pays, exposition médiatique maximum avec la Coupe du monde de foot en juin… Le président russe sera l’homme de ce début d’année dans le monde.

Après le retour de la Russie sur le devant de la scène internationale ces dernières années, Vladimir Poutine se présente sans réelle opposition devant les électeurs en mars 2018. Avec la coupe du monde de football se déroulant dans le pays en juin et juillet, il devrait être au centre des attentions cette année.

Entretien avec Michel Foucher, diplomate et géographe.

Sans surprise, Vladimir Poutine est candidat à un quatrième mandat. Une formalité pour lui ?

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Il faut bien voir qu’il est extrêmement populaire en Russie, et quasiment sûr de remporter cette élection au premier tour. Sa popularité est liée à deux facteurs essentiellement. La restauration de l’ordre intérieur, par rapport au chaos de la période Eltsine, et puis le prestige gagné par ses opérations extérieures, dont la plus importante pour les Russes est évidemment la Crimée. Simplement, sitôt l’annonce de sa candidature, il a annoncé le retour des troupes de Syrie. C’est une pression sur le régime de Damas, mais c’est aussi un message aux Russes, car c’est une guerre qui n’est pas très populaire, en réalité.

Il est populaire malgré la relative faiblesse de l’économie russe…

Son capital de prestige en politique étrangère, et de restauration de la puissance russe, est évident. Même s’il ne suffit plus à masquer les lacunes et les faiblesses d’un pays qui est très marginal dans la mondialisation, sauf pour les ventes de gaz, de centrales nucléaires et d’armement. C’est un pays qui ne s’est pas du tout réformé sur le plan économique. Le PNB de la Russie est six fois moins élevé que celui de la Chine, alors qu’ils ont été à parité de 1955 à 1995.

Il y a débat au Kremlin sur ces questions économiques ?

Oui, la Russie est moins monolithique qu’on ne le dit. Y compris dans les querelles de succession. Quand on dialogue avec des responsables du monde économique, ils décrivent leur pays comme divisé entre réformateurs et autocrates. Il y a une division qui n’apparaît pas, mais elle existe. On aurait tort de penser que Poutine a tous les pouvoirs. Je pense qu’il sera contesté de l’intérieur.

La Coupe du monde de football cet été devrait plutôt le servir ?

Forcément, ce sera exploité au maximum.

En termes d’influence sur la scène internationale, la Russie est revenue au premier plan…

Oui. D’abord, la diplomatie russe est très bonne. Ils sont dans les instances internationales, même s’ils les bloquent, au nom de la lutte contre la domination occidentale. En fait, ce que Moscou a dans le collimateur, c’est l’Otan et les révolutions de velours dont elle se méfie comme de la peste. Il y a donc un travail de sape sur l’ordre international libéral, et ils ont trouvé sur ce point un allié avec Trump. Et c’est un point de convergence avec la Chine.

Et en Europe ?

Dans la pure tradition soviétique, le pouvoir russe déploie une capacité de propagande tout à fait extraordinaire. L’objectif est d’utiliser le libre débat démocratique, la liberté d’expression, pour mettre en valeur tous ceux qui ne pensent pas comme la majorité. J’ajoute le soutien politique, médiatique et financier aux partis ethno-nationalistes européens.

Sur l’Ukraine, faut-il s’attendre en 2018 à un statu quo ?

Je ne vois pas Angela Merkel, qui en a fait une affaire personnelle par rapport à Poutine, procéder à un assouplissement de sa position. Et je ne vois pas non plus les Russes modifier leur position. La politique russe consiste à favoriser des manifestations contre le régime de Kiev et l’élection à l’avenir d’un dirigeant plus favorable à Moscou. On a un conflit gelé, un de plus. Il y a une solution pour s’en sortir, c’est qu’un dirigeant élu ukrainien choisisse un statut de neutralité stratégique. Mais que pourrait-on obtenir en échange de cela ? C’est toute la question.

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