Une journée placée sous le signe du dialogue entre les «natios» et Jacqueline Gourault. Même si la ministre a finalement précisé ne pas vouloir du corse comme langue officielle.

Jean-Guy Talamoni, Jacqueline Gourault et Gilles Simeoni

Deux heures de discussions pour déminer le terrain et faire les présentations. Jacqueline Gourault est venue pour la première fois en tant que «Mme Corse» au siège de la collectivité territoriale, à Ajaccio.

Une visite symbolique, destinée à poser les bases du dialogue entre le gouvernement et les élus nationalistes, reconduits à la tête de la région à une large majorité lors des élections territoriales de décembre. Et c’est justement par une revue de symboles qu’a débuté la visite de la ministre: les bustes de Pascal Paoli, de Napoléon Bonaparte et de Maria Gentile, héroïne populaire érigée par Jean-Guy Talamoni, le président de l’Assemblée de Corse, en figure de la résistance corse, ont servi d’introduction aux débats. Un rappel de l’histoire de l’île auquel l’ancienne professeur d’histoire-géographie aura peut-être été sensible.

Mais c’est à un autre «enjeu historique», selon les mots de Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, que Jacqueline Gourault a été confrontée ensuite: après leur victoire écrasante aux élections territoriales, les nationalistes comptent bien profiter de leur position de force dans l’île et de la création de la collectivité unique de Corse, la seule de la sorte en métropole, pour faire avancer les dossiers qui leur tiennent à cœur.

Parmi ceux-ci, des «lignes rouges» pour le gouvernement qu’ils espèrent faire bouger: la co-officialité de la langue corse, le statut de résident, le rapprochement des prisonniers dits politiques et l’accession, à terme, à un statut d’autonomie pour l’île.

Face à ces attentes, «la ministre est d’abord venue pour écouter les souhaits exprimés par les élus», commente son entourage proche. Du côté des élus corses, on aimerait plus qu’une oreille attentive: l’heure est, pour eux, à la définition d’une méthode et d’un calendrier pour sortir de l’impasse dans laquelle sont maintenues leurs revendications nécessitant une révision de la Constitution française. De part et d’autre, on a donc tenté de donner des preuves de bonne volonté: «On ne commence pas une discussion par les points qui bloquent, estime Gilles Simeoni. Nous essayons d’abord de définir un cadre pour les aborder.» Une approche diplomatique qui cache mal la volonté des élus d’aller aussi vite que possible: la prochaine révision constitutionnelle annoncée par Emmanuel Macron pourrait inclure un volet corse, espère-t-on à Ajaccio.

La ministre n’a pas exclu cette possibilité: «Le déblocage de la question constitutionnelle, ce n’est pas rien, c’est de bon augure. À ce stade, il faut demeurer prudent mais cette première étape a été franchie», se félicite Jean-Guy Talamoni. Une satisfaction formelle qui laisse encore beaucoup de place aux incertitudes sur le fond: «Nous ne sommes pas rentrés dans le détail de tous les dossiers mais nous avons réitéré nos demandes. Nous n’avons pas encore de réponse», reconnaît Jean-Guy Talamoni. Les discussions «s’échelonneront sur des semaines et des mois», tempère Gilles Simeoni, mais un premier geste de la part du gouvernement, en particulier le rapprochement des prisonniers, serait vivement apprécié par les élus nationalistes. «Le sujet sera traité par le premier ministre et le président de la République», a balayé Jacqueline Gourault. Quant aux révisions constitutionnelles, elles concerneraient uniquement le droit à l’expérimentation, a précisé la ministre: «Ce droit deviendrait un droit à la différenciation qui permettrait d’expérimenter pendant plus de trois ans des mesures sans qu’elles soient obligatoirement étendues à l’ensemble du territoire français en cas de succès.»

Pour Jacqueline Gourault, autonomie rime seulement avec adaptation des lois aux spécificités locales.

Une définition qui ne correspond pas exactement à celle des élus nationalistes. «La co-officialité de la langue corse n’est pas envisageable, a pourtant réaffirmé la ministre. La langue de la République française  est le français.»

Les élus corses ne se font pas d’illusions: si Jacqueline Gourault a adopté durant ce vendredi un ton cordial, les échanges pourraient être plus tendus avec le premier ministre, Édouard Philippe, prévus à Paris le 22 janvier, puis avec Emmanuel Macron qui se rendra à Ajaccio le 6 février pour assister aux cérémonies marquant les vingt ans de l’assassinat du préfet Erignac. La «Mme Corse» du gouvernement sera présente lors de ces deux rencontres. Mais «en dernier lieu, le décideur sera le président de la République et ce sera lui qui fixera le cap», a rappelé, lucide, Gilles Simeoni.

Vendredi soir à l’issue de la conférence de presse, Jacqueline Gourault a décidé de prolonger sa visite en Haute-Corse pour se rendre en hélicoptère sur les lieux des incendies qui ont ravagé plusieurs maisons et des cheptels. De quoi poursuivre la carte de l’écoute et du dialogue.

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