La carrière politique de Silvio Berlusconi s’était arrêtée en 2013. À l’époque, « Il Cavaliere », qui avait démissionné deux ans plus tôt de la présidence du Conseil, est déchu de son siège de sénateur à la suite d’une condamnation pour fraude fiscale.

À ce moment précis, nombreux sont les observateurs à décréter la fin de « l’ère Berlusconi » qui a dominé la scène politique italienne depuis 1994.

Mais contre toute-attente, l’animal politique n’est pas mort. À 81 ans, et 18 mois après avoir subi une chirurgie à cœur ouvert, « Il Cavaliere » s’apprête à faire son grand retour sur la scène politique pour reconduire la droite au pouvoir à l’issue des élections générales du 4 mars. Pour cela, le leader de Forza Italia (FI) s’appuie sur une improbable coalition regroupant à la fois la Ligue du Nord, d’inspiration frontiste, et les formations de centre-droit. Cette alliance, dont il a réuni les dirigeants le 7 janvier dans sa résidence de luxe près de Milan afin de tracer les grandes lignes d’un programme commun, arrive en tête selon plusieurs sondages, sans toutefois obtenir la majorité absolue.

« Il a retrouvé sa verve politique mais pas sa force électorale »

Mais le tableau n’est pas idyllique non plus pour Berlusconi, qui doit composer avec son inéligibilité et son interdiction d’exercer dans la fonction publique jusqu’en 2019 – condamnation à laquelle il a fait appel devant la Cour européenne des droits de l’homme de l’Union européenne. « Cette fois, il peut jouer le rôle de faiseur de rois, ou être l’un des faiseurs de roi », explique Pierangelo Isernia, professeur de sciences politiques à l’Université de Sienne. « Mais il ne peut pas être roi. »

Il doit aussi tenir compte de son parti quelque peu diminué. Crédité de 16 %, FI est loin des 30 % récoltés en 2001 et des 38 % en 2008. La Ligue du nord, qui n’était qu’un simple acolyte à l’époque, fait désormais jeu égal avec son allié. « Berlusconi a retrouvé sa verve politique mais pas sa force électorale », résume le professeur Paolo Feltrin de l’Université de Trieste.

« Il Cavaliere » sait qu’il a une carte à jouer puisque personne ne se pose en rival dans son propre camp, mais aussi dans les autres partis. L’ancien Premier ministre de centre-gauche Matteo Renzi, surnommé « le bagarreur », était censé envoyer la génération de Berlusconi au tapis, mais le camouflet subi lors du référendum en 2016 a compliqué la donne. Contraint à la démission, Renzi concentre aujourd’hui ses forces sur sa survie politique, et « laisse ainsi un espace qui a permis à Berlusconi de rebondir », note Paolo Feltrin.

Pourtant, sur le papier, son mouvement, le Parti démocratique (PD), compte plus de partisans que Forza Italia. Crédité de 23 %, il est aujourd’hui la deuxième force du pays, derrière le Mouvement 5 étoiles. Sauf qu’il ne dispose ni d’amis ni d’alliés, contrairement à Forza Italia. « Matteo Renzi a montré qu’il était incapable de construire des coalitions, alors que Berlusconi est un maître en la matière », commente Pierluigi Battista, éditorialiste au Corriere della Sera. « Alors que Berlusconi est toujours occupé à créer des alliances, Renzi, lui, n’a fait que créer des groupes dissidents à la gauche du PD. »

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