Le Premier ministre roumain Mihai Tudose a déposé sa démission à la suite d’un conflit avec l’homme fort de son Parti social-démocrate (PSD) Liviu Dragnea, moins de sept mois après le départ de son prédécesseur.

« Je pars la tête haute », a déclaré M. Tudose, 50 ans, à l’issue d’une réunion d’urgence à Bucarest des responsables du PSD, où ceux-ci lui ont retiré leur soutien. M. Tudose a précisé qu’il n’assurerait pas l’intérim.

Ancien titulaire du portefeuille de l’Economie dans deux précédents gouvernements, M. Tudose avait été proposé au poste de Premier ministre par M. Dragnea en juin, mais les relations entre les deux hommes se sont rapidement dégradées.

Il y a trois mois, M. Tudose avait déjà provoqué le courroux de M. Dragnea en imposant de son propre chef un remaniement ministériel.

Les relations entre MM. Tudose et Dragnea se sont encore dégradées ces derniers jours autour du cas de la ministre de l’Intérieur Carmen Dan, une proche de M. Dragnea dont M. Tudose avait demandé la démission la semaine dernière après un cas de pédophilie qui a éclaboussé la police.

Forte du soutien de M. Dragnea, Mme Dan avait ignoré cet appel à quitter ses fonctions, bien que le chef du gouvernement avait clairement indiqué qu’il ne pouvait plus travailler avec elle, l’accusant de lui avoir « menti ».

M. Dragnea avait déjà fait tomber en juin le gouvernement du social-démocrate Sorin Grindeanu, devenu « trop indépendant » à ses yeux.

Le départ de M. Tudose doit été entériné par le président de centre droit Klaus Iohannis.

Les sociaux-démocrates doivent se réunir mardi matin pour proposer un nouveau Premier ministre. Une figure du parti, Paul Stanescu, sera nommé à titre intérimaire, ont indiqué plusieurs responsables sociaux-démocrates.

Suite aux crises politiques répétées au sein de la majorité, M. Iohannis avait exprimé en octobre des doutes quant à la « capacité du PSD de gouverner », laissant entendre qu’il pourrait refuser de charger un nouveau membre de ce parti de former le gouvernement.

Revenu au pouvoir en décembre 2016 avec une nette majorité, le PSD, héritier de l’ancien parti communiste, avait provoqué une vague de contestation sans précédent en Roumanie l’hiver dernier quand il avait tenté d’assouplir la législation anticorruption. Confronté à des manifestations géantes, le gouvernement avait fait machine arrière.

La majorité a toutefois fait passer en décembre une réforme controversée de la justice faisant craindre, selon ses détracteurs, une réduction de l’indépendance des magistrats et une restriction des prérogatives du Parquet anticorruption (DNA).

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