Le chef de l’État français a œuvré dans l’ombre auprès des sociaux-démocrates pour les inciter à former une nouvelle coalition avec la chancelière, qu’il a reçue à l’Élysée, à deux jours d’un vote crucial à Berlin.

Il lui devait bien ça. À la veille d’un week-end crucial pour l’avenir politique d’Angela Merkel, Emmanuel Macron l’a reçue à l’Élysée pour une réunion de travail sur l’avenir de l’Europe. Une chancelière empêtrée dans la recherche d’un accord de coalition reçue avec les honneurs par le nouvel homme fort du continent, ou en tout cas salué comme tel dans beaucoup de pays européens… Voilà une façon pour Emmanuel Macron de faire discrètement pression sur les sociaux-démocrates allemands pour qu’ils ne rechignent pas trop à se ranger derrière Angela Merkel. Vendredi soir, le président de la République a d’ailleurs estimé que les discussions en cours en Allemagne pour construire une coalition dessinaient une «ambition véritable» pour le projet européen.

Pour le chef de l’État, c’est aussi l’occasion de rendre la monnaie à la chancelière, qui l’avait reçu à la Chancellerie pendant la campagne présidentielle française. La rencontre avait donné à Emmanuel Macron le vernis international dont il manquait jusqu’alors.

Aujourd’hui, le président de la République a encore besoin de la chancelière. Son projet de refondation de l’Europe passe aussi par un couple franco-allemand en état de marche dans la perspective des élections européennes de 2019. «Pour agir en Europe, il est capital d’avoir un gouvernement stable en Allemagne», a plaidé Angela Merkel vendredi soir à l’Élysée. Après son escale à Paris, la chancelière doit se rendre samedi à Sofia, en Bulgarie. Mercredi prochain, elle s’envolera pour Davos, pour le Forum économique mondial, où elle s’exprimera à nouveau sur l’Europe. En mettant un terme à sa période de réserve et en revenant sur le devant de la scène, la chancelière veut démontrer que l’Allemagne sort de sa paralysie postélectorale. C’est aussi, d’une certaine manière, une façon de faire pression sur le SPD, en suggérant que le temps des palabres et des négociations est terminé.

Pourtant, les sociaux-démocrates n’en ont pas fini et continuent de faire peser, par leurs divisions internes, la menace d’une nouvelle crise politique. Le parti de Martin Schulz a encore deux occasions de renoncer à former une grande coalition avec la CDU/CSU: dimanche, lors d’un congrès extraordinaire, puis, à l’issue du processus, lors d’un référendum militant sur le texte du contrat de gouvernement, sans doute en février.

Or les deux étapes sont périlleuses. Depuis une semaine, Martin Schulz écume les tribunes et les fédérations pour vaincre les réticences de son parti. Au sein de la direction, on s’inquiète d’un vote serré des 600 délégués qui seront réunis à Bonn. Elle fait donc pression contre les partisans du «NoGroko» en les mettant en garde contre «les illusions» de l’opposition. Après avoir prétendu laisser ouvertes «toutes les options», l’ancien candidat à la chancellerie Martin Schulz juge désormais de nouvelles élections risquées pour le SPD. «Si des partis n’arrivent pas à former une majorité au Bundestag, alors ils seront sanctionnés» par les électeurs, a-t-il confié au Spiegel. Avec 18,5 % dans un dernier sondage, le SPD est descendu encore plus bas que les 20,5 % obtenus en septembre.

Si le SPD jette l’éponge, l’option d’un gouvernement minoritaire demeure aussi envisageable. Le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, à qui reviendrait la décision finale, pourrait se laisser tenter pour éviter de nouvelles élections et ne pas prolonger la crise. Mais Angela Merkel, de son côté, n’y est pas favorable. Quoi qu’il en soit, ce ne serait pas la pire option pour Emmanuel Macron. La chancelière aurait les mains relativement libres. Les sociaux-démocrates, y compris les GroKo-sceptiques, seraient prêts à la soutenir jusqu’à un certain point pour ne pas bloquer l’Europe. Quoi qu’il en soit, il est donc l’heure pour elle de sortir du silence.

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