Les religions de Chine vient se resserer l’étau rus elles. C’est ce jeudi 1er février qu’entrent en vigueur de nouvelles règles publiées en septembre et destinées à encadrer la liberté de culte.

Elles visent à restreindre les pratiques non reconnues par l’État, à «faire barrage à l’extrémisme» et à «contrer les infiltrations» étrangères.

Lors du dernier Congrès du Parti communiste chinois (PCC), en octobre dernier, le numéro un chinois avait appelé à combattre tout ce qui pourrait menacer l’autorité du régime et la «sécurité nationale». D’où sa volonté de «siniser» les croyances répandues sur le territoire. Il avait insisté pour que les religions se «conforment mieux» aux «réalités chinoises» et à la «société socialiste».

Les religions officiellement reconnues (catholicisme, protestantisme, islam, bouddhisme, taoïsme) sont déjà étroitement contrôlées. Elles doivent faire allégeance à des associations «patriotiques» supervisées par l’État. Le pouvoir est particulièrement méfiant à l’égard de l’islam, du christianisme et du bouddhisme tibétain, davantage soumis à une influence externe.

Mais les nouvelles directives franchissent une étape supplémentaire. Elles interdisent par exemple d’accepter des dons venant de l’étranger et prévoient de lourdes amendes en cas d’organisation d’événements non autorisés. L’ouverture d’écoles religieuses sera également soumise à des conditions plus strictes.

La Chine se dit particulièrement préoccupée par la situation de la province du Xinjiang, où vivent quelque 10 millions d’Ouïghours, de confession musulmane. Alors que la région a connu des violences ces dernières années, les autorités, inquiètes des liens supposés entre «séparatistes» et groupes djihadistes internationaux, ont déployé des dispositifs ultrasécuritaires et multiplié les initiatives pour réglementer chaque parcelle de la vie des musulmans. Le gouvernement a notamment interdit le port du voile intégral, appelle à dénoncer les «barbes anormales» et décourage l’éducation religieuse pour les enfants et les adolescents ou l’observance du jeûne du ramadan pour les fonctionnaires et les étudiants.

Le régime intimide par ailleurs les prêtres «clandestins» qui refusent de lui faire allégeance. Certains catholiques s’inquiètent d’ailleurs des tentatives de rapprochement entre le Vatican et Pékin, craignant d’être récupérés par le pouvoir communiste. Deux évêques chinois reconnus par le pape ont ainsi été priés récemment par un haut diplomate du Saint-Siège de céder leur place à des prélats choisis directement par Pékin, dont l’un avait été excommunié par le Vatican en 2011.

Signe d’une forte défiance envers le christianisme, plus d’un millier de croix surmontant des églises, essentiellement protestantes, ont été décrochées par le gouvernement, qui les jugeait trop voyantes, ces dernières années. En début d’année, les autorités chinoises ont par ailleurs détruit une immense église évangélique dans la province du Shanxi, dans le nord du pays, jugée «illégale». Plusieurs dizaines d’églises non officielles ont été rasées ces dernières années dans le pays.

Les moines tibétains, enfin, sont surveillés en permanence. Human rights watch (HRW) a dénoncé le mois dernier le processus de «prise de contrôle» par les autorités chinoises de l’un des plus grands centres monastiques du bouddhisme tibétain du monde, Larung Gar, situé dans le sud-ouest de la province du Sichuan. Selon l’ONG, qui s’est procuré un document officiel, quelque 200 cadres du Parti communiste sont en train de s’octroyer tous les postes de management et même le choix des ouvrages étudiés. Cette offensive intervient alors qu’une opération de démolitions et d’expulsions, qui a duré huit mois et s’est achevée en avril 2017, a déjà réduit la taille de l’institution, insiste HRW. Niant les destructions, la Chine a évoqué des «reconstructions», notamment pour des raisons de sécurité.

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