C’est ce que l’on appelle une loi mémorielle. Quand le politique s’immisce dans le débat historique pour imposer sa version des faits.

En Pologne, une telle loi est en passe d’entrer en vigueur. Le texte, adopté vendredi par la chambre basse du Parlement, a été voté jeudi par le Sénat. Il ne manque plus que la signature du président Andzej Duda pour qu’elle soit effectivement appliquée.

La loi prévoit des amendes ou des peines allant jusqu’à trois ans de prison pour toute personne qui associerait l’État polonais aux crimes commis par les nazis dans le pays pendant la Seconde Guerre mondiale. La Pologne a été durement frappée par la guerre. De nombreuses atrocités y ont été commises. Sur les 6 millions de morts du pays, 3 millions étaient juifs. Aux yeux des conservateurs au pouvoir en Pologne, il s’agit en priorité d’empêcher qu’on utilise l’expression «camps de la mort polonais».

Les États-Unis ont exprimé mercredi leur «inquiétude» quant aux conséquences de cette loi. Elle risque d’avoir des «répercussions» sur «les intérêts et relations stratégiques de la Pologne, y compris avec les États-Unis et Israël», selon le département d’État.

Mais c’est surtout Israël qui s’insurge contre la volonté polonaise. «Cette loi n’a aucun sens, a dénoncé le premier ministre Benyamin Nétanyahou. Et je m’y oppose fermement. L’histoire ne peut être modifiée et nul n’a le droit de nier l’Holocauste.» Les responsables israéliens s’émeuvent surtout d’un passage dans lequel ils voient une tentative de nier la participation de certains Polonais à l’extermination des juifs, voire la possibilité de poursuivre des survivants du génocide qui évoqueraient de tels cas.

Une proposition de loi a été soumide mercredi à la Knesseth et a obtenu l’appui de principe de 61 députés israéliens sur 120. Ce texte, présenté par un de ses promoteurs, le député Itzik Shmuli, comme une réaction à la loi polonaise, introduit une peine de cinq ans de prison pour ceux qui «réduisent ou nient le rôle de ceux qui ont aidé les nazis dans les crimes commis contre les Juifs». À une loi mémorielle pourrait donc répondre une autre loi mémorielle.

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