Malgré la situation difficile qu’elle traverse, « la Tunisie peut aller très loin et devenir un vrai dragon économique africain », grâce aux nombreux atouts dont elle se prévaut, a estimé l’économiste et ancien ministre du Développement et de l’investissement, Fadhel Abdelkefi.

La Tunisie peut devenir un « dragon économique africain » (Fadhel Abdelkefi)

Intervenant lors d’un forum économique organisé lundi par l’Université Tunis Carthage, il a énuméré des suggestions susceptibles de permettre de redresser la situation économique délicate que traverse la Tunisie.

Selon lui, les difficultés auxquelles la Tunisie est confrontée sont dues à la politique budgétaire expansionniste ou la politique de « Go & Stop », appliquée après la révolution pour satisfaire les revendications sociales.

« Nous avions un budget de l’Etat de 18 milliards de dinars (7,5 milliards de dollars) qui est passé subitement à 34 milliards de dinars (14,6 milliards de dollars) en moins de six ans. Les différents gouvernements ont fait passer la masse salariale de la fonction publique de 6,5 milliards de dinars (2,7 milliards de dollars) à plus de 15 milliards de dinars (6,2 milliards de dollars). La dette publique est passée de 25 milliards de dinars (10,5 milliards de dollars) à plus de 70 milliards de dinars (29,2 milliards de dollars). Cette même dette représente désormais plus de 60% du PIB au lieu de 40% en 2011. Un système financier qui souffre d’un manque de liquidité de 12 milliards de dinars (5 milliards de dollars) chaque jour, tandis qu’il était en abondance de liquidité

Pour sortir de la crise, l’économiste juge d’abord impératif de dire la vérité aux Tunisiens. Il suggère ensuite que « l’Etat devra se concentrer aujourd’hui sur les domaines de souveraineté, tels que l’éducation, l’enseignement supérieur, la culture, le sport, la défense nationale, l’intérieur, les transports, la santé pour pouvoir rendre un service décent aux citoyens ».

Selon lui, « l’Etat ne peut pas être dans ces secteurs stratégiques et en même temps être actionnaire dans des banques publiques ou être distributeur de pétrole, régie de tabac, compagnie aérienne, etc. Il devra donc démobiliser sa puissance financière sur ces derniers secteurs et la relocaliser dans les secteurs de souveraineté ».

Il recommande, à titre d’exemple, que l’Etat donne ses banques en concession pendant 30, 40 ou 50 ans, comme l’a fait la Turquie. Une technique qui lui permettrait d’engager plus de fonds pour améliorer les services hospitaliers, les services de transports, l’enseignement et autres secteurs.

Concernant les réformes, il préconise le gel des salaires dans la fonction publique, le redressement des caisses sociales nationales et le recentrage du rôle de l’Etat.
« Je reste extrêmement optimiste pour l’avenir du pays pour des raisons intégralement objectives (car) la Tunisie possède des points forts comme l’émancipation et le rôle de la femme, la logistique, l’éducation, le rôle de la société civile, la proximité de l’Europe », a-t-il plaidé en notant que la Tunisie produit le nombre de médecins et de pharmaciens le plus important d’Afrique, qu’elle détient les meilleurs techniciens et qu’elle est aussi le centre mondial de l’automobile.

« C’est un pays qui pourrait croître à deux chiffres si nous arrivons à prendre certaines décisions qui sont douloureuses mais nécessaires » a-t-il conclu, considérant que la Tunisie disposait d’hommes courageux capables de prendre des décisions dans le bon sens, comme l’avait soutenu précédemment le banquier Ahmed Karm qui avait cité comme référence l’ancien premier ministre Hédi Nouira dont la politique avait permis à la Tunisie de sortir d’une crise autrement plus aigüe.

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