La majorité conclut à l’absence de collusion de sa campagne avec le Kremlin. Les démocrates critiquent une démarche partisane et prématurée.

La commission du renseignement de la Chambre des représentants est prête à clore son enquête sur les interférences russes dans la campagne présidentielle de 2016. Sans consulter les démocrates qui y siègent, les républicains qui la contrôlent ont rédigé un projet de rapport qui exonère Donald Trump de toute «collusion» avec le Kremlin. S’ils confirment que la Russie a pris des «mesures actives» pour intervenir dans la campagne, ils contredisent la communauté du renseignement en affirmant que Moscou «n’a pas cherché à aider Donald Trump» contre Hillary Clinton.

Le chef de la commission, Michael Conaway du Texas, n’avance pas de nouvelles révélations, soulignant simplement l’absence de preuve contraire. «Nous n’avons trouvé aucun élément de collusion», a-t-il dit lundi soir. «Peut-être y a-t-il eu de mauvais jugements, des rencontres inappropriées», a-t-il concédé. Celle du 9 juin 2016 à la Trump Tower avec une avocate proche du Kremlin «n’aurait pas dû avoir lieu, aucun doute là-dessus».

Mais «seuls Tom Clancy ou Vince Flynn ou un autre (auteur) du même genre pourrait prendre cette série de contacts par inadvertance, de rencontres, et les tisser en une sorte de fiction, de roman à suspense. Nous ne nous occupons pas de fiction, nous nous occupons des faits», a-t-il conclu.

L’annonce que la commission n’entendrait plus de témoins et n’examinerait pas de nouveaux documents a été faite à la presse sans en avertir les élus démocrates. En février, les deux partis s’étaient déjà déchirés sur la publication d’un mémo républicain accusant le FBI d’avoir obtenu un mandat d’écoutes de manière inappropriée, contredit deux semaines plus tard par un contre-mémo démocrate.

Peu après, la majorité républicaine avait refusé la demande de la minorité d’interroger six nouveaux témoins. Le panel a auditionné 73 personnes et a passé en revue 300.000 pages de documents, a déclaré Conaway. «Nous avons entendu tous ceux que nous devions entendre. Si les démocrates pensent que je vais attendre indéfiniment que quelque chose se passe, ma réponse est non».

Le fils du président Don Jr., son gendre et conseiller Jared Kushner et son ancien conseiller stratégique Steve Bannon ont notamment témoigné devant la commission. En revanche l’ancien conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn, l’ancien directeur de campagne Paul Manafort et son adjoint Rick Gates, tous inculpés par le procureur spécial Robert Mueller, n’ont pas été entendus.

Outre ses conclusions politiques, le rapport de 150 pages contient 25 recommandations sur la cybersécurité et les élections. Il sera remis ce mardi aux démocrates pour recueillir leurs commentaires, avant d’être transmis aux agences de renseignement afin d’établir une version déclassifiée publiable. Adam Schiff, vice-président démocrate de la commission, l’a dénoncé dans un tweet comme une simple «déclaration des membres républicains de la commission, auxquels fait défaut le courage de tenir tête à un président de leur propre parti quand l’intérêt national le demande.»

Donald Trump ne cesse de répéter qu’il n’y a eu «aucune collusion» et qu’il est victime d’une «chasse aux sorcières». Cela ne met pas fin à ses ennuis, mais cela renforce sa défense, comme il s’est empressé de le souligner dans un tweet intégralement en majuscules.

Le Sénat n’en poursuit pas moins une enquête parlementaire séparée, sur un mode beaucoup plus consensuel que la Chambre. Et Robert Mueller avance à son rythme, ostensiblement indifférent aux pressions. Après avoir inculpé quatre Américains et treize Russes, il négocie l’audition du président, qui s’y est dit disposé, malgré les réticences de ses avocats.

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