Le reporter palestinien Yasser Mourtaja est décédé samedi après avoir été touché par un tir de sniper israélien lors de « la marche du retour ». Tsahal a tué 30 Palestiniens en 10 jours, s’attirant des critiques de la communauté internationale.

 

Le dernier post de Yasser Mourtaja sur Facebook est une photo aérienne du port de Gaza prise avec son drone. « Mon nom est Yasser Mourtaja. J’ai trente ans. Je vis à Gaza. Je n’ai jamais voyagé de ma vie », écrit-il en guise de légende. Le photoreporter palestinien ne réalisera jamais son rêve d’évasion. Touché vendredi 6 avril par des tirs de snipers israéliens à Khan Younès en couvrant « la marche du retour » rassemblant des milliers de Palestiniens à la frontière entre Gaza et Israël,le cameraman a succombé à ses blessures samedi à l’hôpital.

Yasser Mourtaja, qui avait créé l’agence indépendante Aïn Media (« œil », en arabe), filmait des jeunes Palestiniens qui brûlaient des pneus quand l’armée israélienne a ouvert le feu, rapporte son confrère Rushdi Serraj, à ses côtés au moment des faits. Ils se trouvaient à environ 250 mètres de la barrière de sécurité séparant l’État hébreu de l’enclave palestinienne. Les reporters se sont mis à courir jusqu’à ce que Rushdi Serraj n’entende son collègue hurler : « Je suis blessé, je suis blessé, mon estomac ! ».

Une vidéo prise au moment de son transport vers l’hôpital montre Yasser Mourtaja portant un gilet pare-balles bleu avec l’inscription « presse ». Selon sa famille, la balle a touché une partie de son torse qui n’était pas protégée.

Toujours avec un appareil photo à la main, le photoreporter et père d’un garçon d’un an filmait principalement le quotidien des Gazaouis étouffés par plusieurs années de blocus et d’offensives israéliens. Ses collègues décrivent un homme au sourire communicatif, qui avait travaillé pour la BBC, Vice et d’autres médias étrangers, mais aussi avec l’artiste chinois Ai Weiwei pour son documentaire « Human Flow », en 2017.

Samedi, des dizaines de proches et de confrères du journaliste ont participé à une procession entre l’hôpital et sa maison, lors de laquelle son corps était recouvert d’un drapeau palestinien et d’un gilet avec la mention « presse ». Le syndicat des journalistes palestiniens lui a rendu hommage en dénonçant la « détermination de l’armée israélienne à commettre des crimes délibérés contre les journalistes palestiniens ». Trois autres journalistes ont été blessés ce jour-là, selon les autorités gazaouies.

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