Bosnie-Herzégovine et en Croatie –  deux pays, deux visions après une trentaine d’années après l’éclatement de la Yougoslavie. Le sentiment d’une patrie perdue chez l’un, une volonté de modernité qui se traduit par un nationalisme inquiétant chez l’autre.

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À Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, impossible de ne pas tomber sur Tito. Le portrait du maréchal, ancien président de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, est partout. Accroché à la réception des hôtels ou dans les bars, il orne aussi la plupart des salons des Bosniens. À quelques pas de l’université, les jeunes sirotent volontiers une ou deux bières Sarajevo au Café Tito. À l’entrée, une banderole est accrochée avec la mention « Mi smo Titovi, Tito je naš » (« Nous appartenons à Tito et Tito nous appartient »).

Ces dernières années, la Bosnie-Herzégovine, comme la plupart des pays de l’ex-Yougoslavie qui s’enlisent dans une crise économique, politique ou encore identitaire, a été gagnée par une vague de « Yougonostalgie » et de « Titonostalgie ». Près de quatre décennies après sa mort, le maréchal est, pour beaucoup de jeunes des Balkans, un modèle, une référence, un symbole de la lutte contre les nationalismes. Beaucoup se souviennent avant tout du président qui a réunifié la Yougoslavie après-guerre et maintenu dans une même République la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie et la Slovénie.

Mémoire sélective

Certains regrettent aussi cette période fantasmée d’avant-guerre où l’on avait un emploi, la sécurité, l’éducation et où l’on mangeait à sa faim… Une mémoire sélective dans laquelle le dictateur Tito reste un demi-dieu, alors que son régime était aussi l’époque du parti unique, de la répression des opposants et du culte de la personnalité. Entre les pro et les anti-Tito le débat fait rage…

En Croatie, où l’économie prospère grâce au tourisme, l’ambiance est tout autre. Tito, souvent dépeint comme un dictateur anti-Croate, est beaucoup plus controversé que dans d’autres pays des Balkans, et les nationalistes ont le vent en poupe.

En septembre dernier, la mairie de Zagreb, la capitale, n’a pas hésité à débaptiser une place emblématique de la ville, la place du Maréchal-Tito. Un parti de droite nationaliste et révisionniste, Les indépendants pour la Croatie, avait conditionné le soutien dont avait besoin le maire populiste Milan Bandic pour conserver sa majorité, à ce changement. Une partie de la population de Zagreb s’est opposée au changement de nom et plusieurs manifestations ont réuni des milliers de personnes sur la place, désormais baptisée « place de la République de Croatie ».

Les conservateurs du parti qui gouvernait lors de l’éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990, l’Union démocratique croate (HDZ), sont de nouveau au pouvoir, tandis que certains membres du gouvernement se sont fait remarquer par des déclarations ambigües sur le passé nazi de la Croatie… Une tendance au révisionnisme qui trouve racine dans l’histoire du pays.

Loin de cette nostalgie, les jeunes veut s’affranchir des divisions, dans le but justement de ne pas reproduire les erreurs des générations passées.

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