L’une des plus grandes universités irakiennes a rouvert ses portes il y a un an. La culture et la transmission des savoirs tentent d’y faire oublier le passage des djihadistes.

C’était l’un des principaux centres de commandement du groupe Etat islamique à Mossoul, doublé d’une usine d’armement. L’Université de la ville, jadis l’une des plus prestigieuses d’Irak, a rouvert ses portes seulement quelques mois après la fin des combats. La France finance une partie de la reconstruction de cette faculté, plus précisément le département de français et la fac de médecine. Le retour d’une vie estudiantine dans la cité meurtrie incarne la renaissance de la ville, après le règne sans partage et obscurantiste des djihadistes.

Faire oublier Daech. Et pour preuve : ces milliers d’étudiants qui plaisantent, livres sous le bras, à la cafétéria et flirtent là où, il y a moins d’un an, Daech fabriquait des armes. « Nous n’avons pas ménagé notre peine » explique à Europe 1 Ahmed Hassan, nouveau directeur du département de français. « Nous avons commencé les travaux de reconstruction nous-même, profs et étudiants. Les dégâts étaient énormes, il y avait des traces de fumée partout », raconte-t-il. « Nous sommes fiers de reconstruire notre département, notre ville, pour envoyer un message clair : Daech ne représente pas les Mossouliotes ».

Après l’horreur, la poésie. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, /Luxe, calme et volupté ». La musicalité des vers de Charles Baudelaire a remplacé le bruit des bombes. « L’invitation au voyage », l’une des plus célèbres pièces des Fleurs du mal, est au programme des étudiants de troisième année. Toute la classe se montre attentive, désireuse de rattraper le temps perdu pendant l’ère djihadiste. « J’ai étudié chez moi en cachette quand Daech était là, mais j’avais peur car s’ils avaient trouvé mes livres, la punition aurait été sévère. Donc, après Daech, on se doit de travailler dur pour rattraper notre niveau », rapporte une auditrice. « On est heureux d’être enfin là et j’espère que cette université redeviendra vite la plus prestigieuse d’Irak », abonde un autre étudiant.

Vivre ensemble. Après les cours, beaucoup de ces jeunes se retrouvent au café littéraire. « Et lentement montait la divine fumée » : on y joue de la musique et on y fume librement. « On pensait qu’il allait falloir une décennie avant que l’université ne ressuscite ainsi », se félicite un habitant.

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