Depuis son élection, Emmanuel Macron a fait des questions géopolitiques l’une de ses priorités, multipliant les déplacements aux quatre coins du monde. À défaut de résultats probants, il a donné un nouveau souffle à la diplomatie française.

La récente visite d’État d’Emmanuel Macron aux États-Unis a confirmé une chose : le président de la République adore mettre en scène sa supposée proximité avec les dirigeants du monde. Durant trois jours, les poignées de main, les accolades et autres « hugs » avec Donald Trump censés démontrer la complicité des deux chefs d’État ont été multipliés jusqu’à l’overdose. Chaque séquence, chaque image de ce déplacement avait été soigneusement préparée. Et si, sur le fond, Emmanuel Macron est reparti de Washington sans réelle avancée diplomatique, l’opération de communication – réception dans le domaine du premier président américain George Washington à Mount Vernon, interview télévisée sur Fox News et échange avec les étudiants de l’université George Washington notamment – fut parfaitement menée.

Après une année passée à l’Élysée, c’est bien là que réside le principal succès d’Emmanuel Macron en matière de politique étrangère : l’image de la France dans le monde semble redorée. « Il n’y a qu’à voir la une des journaux lors de ses déplacements : on est passé de la France en déclin à la France qui a de l’énergie et qui va de l’avant, estime Christian Lequesne, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la politique étrangère française, auteur de « Ethnographie du Quai d’Orsay » (CNRS éditions, 2017). Et que ce soit avec Donald Trump ou devant les étudiants de Washington ou de Ouagadougou en novembre, on voit qu’il se pique un peu au jeu et qu’il ne manque jamais une occasion de se mettre en valeur. »

Lors de chacun de ses déplacements, le message à faire passer à l’étranger est toujours le même : « La France est de retour et j’en suis le symbole ». Un leïtmotiv d’abord adressé au monde économique, à qui Emmanuel Macron prend le temps d’expliquer le sens de ses réformes en ayant l’espoir d’attirer dans l’Hexagone cerveaux et capitaux du monde entier.

« Make Our Planet Great Again », un coup médiatique et diplomatique

L’autre objectif d’Emmanuel Macron sur la scène internationale c’est de saisir les occasions pour porter la voix de la France ou occuper des espaces laissés vacants. « Être efficace aujourd’hui en politique étrangère, c’est d’abord savoir être présent au bon endroit au bon moment, savoir surfer sur la vague, être en capacité de faire des coups, souligne Christian Lequesne. Or Emmanuel Macron a parfaitement compris cela. Il s’inscrit dans un mouvement général qui fait que les leaders ont désormais une approche beaucoup plus tactique que stratégique : dès qu’il y a un dossier diplomatique dans lequel on peut s’engouffrer pour afficher la présence de son pays, on le fait. »

Le président français a ainsi su profiter de l’élection de Donald Trump et du recul d’Angela Merkel, qui avait une relation forte avec Barack Obama, pour repositionner Paris vis-à-vis de Washington. On se souvient également du rôle de médiateur qu’il a joué en novembre entre l’Arabie saoudite et le Liban après l’annonce de la démission du Premier ministre Saad Hariri.

Mais son plus beau coup reste sans doute son appel « Make Our Planet Great Again » lancé quelques minutes seulement après l’annonce par Donald Trump du retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Alors que la France, par ses pratiques, ne fait pas réellement figure d’exemple en matière de lutte contre le réchauffement climatique, le volontarisme affiché d’Emmanuel Macron et l’organisation en décembre du One Planet Summit à Paris feraient presque croire le contraire.

Emmanuel Macron esseulé sur la réforme de l’UE

Attention toutefois à ne pas abuser des mises en scène. « Si les discours sont essentiels en politique étrangère, ils peuvent aussi devenir contre-productifs car on peut finir par vous opposer de faibles résultats », prévient Christian Lequesne.

Or, pour Emmanuel Macron, si l’image de la France à l’étranger se porte mieux, les résultats diplomatiques concrets se font toujours attendre. Malgré tous ses efforts pour séduire Donald Trump, le président français n’est pas parvenu à convaincre son homologue américain de revenir au sein de l’accord de Paris sur le climat ou de changer d’avis sur le nucléaire iranien.

Plus inquiétant, la partie s’annonce compliquée sur le dossier phare de sa diplomatie : la réforme de l’Union européenne (UE). Après avoir prononcé en septembre un discours très ambitieux sur l’avenir de l’UE, dans lequel il prônait notamment la création d’un budget de la zone euro, son projet est au point mort.

Emmanuel Macron a d’abord dû attendre de longs mois la formation de la coalition gouvernementale allemande, avant de comprendre ces dernières semaines que rallier Angela Merkel à sa vision pourrait être une mission impossible.

« Clairement, il a mis la barre très haut et a sans doute placé un peu trop d’espoir sur sa relation avec la chancelière allemande, juge Christian Lequesne. On voit bien aujourd’hui que ce sera compliqué pour lui de réformer l’UE comme il le souhaitait, car il est un peu esseulé. Or, il a besoin de résultats. Alors qu’il ne cesse de mettre en avant son volontarisme et qu’il se verrait bien en une figure transnationale, un échec pourrait écorner son image. » Un comble pour un président qui a fait de la communication le cœur de son action diplomatique.

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