Après avoir orchestré la «révolution de velours» qui a mené l’ancien président à la démission, Nikol Pachinian est en passe de prendre les rênes du pouvoir lors d’un nouveau vote du Parlement qui aura lieu demain. Son parcours est atypique.

Avec sa barbe de plusieurs jours, sa casquette vissée sur la tête et le T-shirt aux motifs militaires qu’il arborait tout au long de la mobilisation sociale qui a conduit le président Serge Sargsian à démissionner, Nikol Pachinian semble prêt à prendre les armes. Pourtant, le nouveau héros du peuple arménien, leader de la «révolution de velours» est pacifiste. Pour parler de ses inspirations, il évoque Nelson Mandela, ou encore Lech Walesa. Nikol Pachinian a aussi su se parer d’une cravate lorsqu’il s’est présenté devant le Parlement, le 1er mai dernier, comme candidat au poste de premier ministre. Ce jour-là, huit voix lui ont manqué pour accéder au pouvoir. Nikol Pachinian retente sa chance ce mardi, lors d’un nouveau vote. Cette fois, il assure avoir conquis les voix manquantes auprès du Parti Républicain, majoritaire, et pourrait devenir le nouveau premier ministre arménien.

À 42 ans, Nikol Pachinian s’est toujours opposé au système oligarchique. Lors de ses études à Erevan, la capitale du pays, il fut expulsé de la faculté pour activisme avant de devenir journaliste d’opposition pour divers journaux, puis de diriger Aïkakan jamanak(Le Temps Arménien). Le militant fait son entrée officielle sur la scène politique en 2007, lorsqu’il se présente aux élections législatives, sans succès.

S’ensuit alors une période sombre. En 2009, Nikol Pachinian se retrouve sous le feu des projecteurs pour son rôle dans une manifestation anti-régime pour protester contre l’élection de Serge Sarkissian, qui a fait des dizaines des morts et des centaines de blessés lors d’affrontements avec les forces de l’ordre. Après avoir vécu dans la clandestinité pendant un an, il se rend à la police et est condamné à sept ans de prison ferme. Il est finalement amnistié en 2011. À sa sortie, le journaliste crée son propre parti politique, le Contrat Civil. Celui-ci remporte 8% des voix aux élections législatives de 2017: Nikol Pachinian devient député. Son rôle de principal opposant à Serge Sarkissian, déjà bien rodé, s’intensifie. Il profite de sa présence au Parlement pour attaquer la politique du président, par exemple sur l’augmentation des tarifs de l’électricité, ou encore pour poser des questions gênantes au gouvernement et le mettre, autant que possible, en difficulté.
Déjà connu en tant que personnage public, Nikol Pachinian se rapproche encore un peu plus des Arméniens à partir du 1er avril, date à laquelle il entame une marche à pied de 215 kilomètres entre Guioumri et Erevan, pour aller à la rencontre de ses concitoyens et générer une adhésion de plus en plus forte. Mi-avril, il prend la tête de la mobilisation sociale pour empêcher Serge Sargsian, président de 2008 à 2017, de conserver les rênes du pouvoir en accédant au poste de premier ministre, dont il a lui-même renforcé les pouvoirs en 2017. Des dizaines de milliers de manifestants répondent à son appel et descendent dans la rue. Après une rencontre tendue avec Serge Sarkissian, Pachinian est interpellé, mais la contestation ne faiblit pas. Le 23 avril, à l’issue de deux semaines de mobilisation, Serge Sarkissian démissionne, et Pachinian est libéré. Le lendemain, le député se dit «prêt à diriger le pays».

Lors de son discours devant le Parlement le 1er mai, Pachinian a déclaré «vouloir mettre l’Arménie sur la voie du développement durable et de la justice sociale». S’il est élu premier ministre, il devra toutefois composer avec le Parti Républicain qui contrôle encore la majorité du Parlement, mais aussi avec Moscou, qui entend conserver une alliance stratégique avec l’Arménie, alors que Pachinian a plusieurs fois évoqué une sortie de l’Union économique eurasiatique (UEE), qui lie le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Biélorussie et l’Arménie à la Russie.

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