Journaliste britannique proche de la alt-right, Katie Hopkins a promené sa caméra dans les rues de Molenbeek pour un reportage alternant scènes et propos chocs. Le scénario n’a guère plu aux autorités locales, qui envisagent une action en justice.


L’affaire a suscité un certain émoi dans les médias et la classe politique belges : une journaliste britannique a réalisé une vidéo à charge dans la commune de Molenbeek, quartier à l’ouest du centre de Bruxelles. Reporter pour le site TheRebel.Media Katie Hopkins, proche de la droite conservatrice dite alt-right, s’est promenée dans des quartiers de cette commune rendue tristement célèbre notamment pour avoir vu grandir Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos djihadistes du 13 novembre 2015. «Je suis ici pour vous livrer la vérité sur la capitale djihadiste d’Europe», lance-t-elle dans son reportage, dont des extraits ont été mis en ligne sur YouTube le 9 mai 2018, et qui a été diffusé par la chaîne d’information en continu conservatrice Fox News.

Le ton global de la vidéo a fortement déplu aux autorités locales. La maire de Molenbeek, Françoise Schepmans, a fait savoir le 16 mai qu’elle envisageait de porter plainte pour «atteinte à l’image de la commune» et «propos calomnieux». En cause, non seulement le reportage mais également un tweet publié ultérieurement, dans lequel Katie Hopkins évoque un spectaculaire incendie d’origine a priori accidentelle à Koekelberg, commune limitrophe de Molenbeek, en s’interrogeant : «Mais qu’est-ce qui pourrait bien causer une explosion comme ça dans la capitale européenne du djihad en début de ramadan ?»

La maire apparaît d’ailleurs dans le reportage, où elle est directement interrogée par Katie Hopkins après quelques travellings à travers les rues, où l’on aperçoit des femmes voilées.

«Vous avait-on prévenu que Salah Abdeslam était suspecté de terrorisme ?», demande la Britannique à l’édile avec insistance, faisant référence à la polémique suscitée par l’existence d’une liste d’individus sous surveillance transmise à la mairie de Molenbeek avant les attentats de Paris. «Nous avions une liste contenant plus de 30 noms, mais ce n’est pas le travail de notre police locale de suivre ces gens», répond alors, dans un anglais hésitant, Françoise Schepmans, précisant que cette tâche relève de la police fédérale. Mais Katie Hopkins ne lâche pas sa proie. «Si sur base de cette liste, vous aviez attrapé ces suspects, rien de tout cela ne serait arrivé», lui lance-t-elle.

Dans une autre séquence de son reportage, Katie Hopkins affirme qu’on lui a demandé de «se couvrir» alors qu’elle se baladait dans les rues. Si la scène présumée n’apparaît pas en images, la journaliste la raconte devant la caméra, avant d’enfiler à l’écart des vêtements islamiques, puis de s’en débarrasser en expliquant que personne ne la forcera à porter «une burqa».

La presse belge, elle, ne souscrit pas à la vision de Molenbeek présentée dans ce reportage. «L’épisode serait tragi-comique si la Fox News n’était pas diffusée dans près de cent millions de foyers américains, dans 86 pays et que des dizaines de milliers d’internautes visionnent les vidéos de Katie Hopkins», déplore ainsi le quotidien La libre Belgique du 15 mai, qui voit en l’auteur du reportage une «militante haineuse plutôt que journaliste».

Le site du journal belge L’avenir rapporte pour sa part que la maire de Molenbeek déplore avoir été piégée par Katie Hopkins. «Je suis choquée [Elle avait] un scénario prédéterminé. Elle était là pour casser la commune, pour montrer que Molenbeek était toujours le trou à rats qui a été présenté aux Etats-Unis il y a deux ans», a-t-elle réagi sur la télévision publique belge, la RTBF.

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