Le e-shop de l’Élysée, c’est pour bientôt. Après le dépôt de marque effectué par le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, le 31 mai dernier, une boutique en ligne verra le jour le 15 septembre prochain. On y vendra des produits dérivés «originaux de qualité», en accord avec les «valeurs de la France: liberté, égalité, fraternité», estampillés «Élysée – présidence de la République». L’objectif principal affiché: générer des «revenus supplémentaires» pour financer la rénovation des bâtiments du Palais, jugés trop vétustes par les quelque 800 employés. Selon Gaëlle Bloret-Pucci, avocate en droit de la propriété intellectuelle associée au cabinet BCTG, la création de cette marque peut également aider la présidence à se prémunir d’éventuelles usurpations et détournements.

Gaëlle BLORET-PUCCI. – C’est quelque chose d’assez classique pour des institutions que de déposer leur nom en marque pour commercialiser des produits. Ceux qui sont très habitués à ce genre de pratique sont les musées: le Louvre, le musée d’Orsay, etc. Des collectivités territoriales sont aussi coutumières du fait, la ville de Paris en tête. Aux États-Unis, l’université d’Harvard commercialise également des produits dérivés. Ce n’est pas révolutionnaire. Ce qui est un peu révolutionnaire, c’est que l’Élysée elle-même se lance là-dedans.

De quels produits parle-t-on?

Pour les collectivités, on parle de mugs, de goodies. Pour les musées, cela peut être des reproductions d’œuvres. Concernant l’Élysée, ils ont mis en place un «mandat d’agent de licences pour la définition d’une stratégie de marques et sa mise en œuvre». Selon moi, cela veut dire qu’ils ont déposé la marque mais ne savent pas encore exactement ce qu’ils vont faire. C’est un appel d’offres pour qu’on leur propose des projets. Ensuite, ils confieront la licence à un industriel. On imagine que pour l’Élysée, ces produits respecteront certains critères, comme la fabrication française ou des conditions financières particulières. Je ne sais pas quels types de produits ils feront, mais on imagine plus des produits un peu chics, comme des stylos licenciés chez Montblanc plutôt que des mugs ou des affiches.

Est-ce vraiment utile?

D’abord, c’est une façon de faire remonter des redevances, c’est une sorte de financement. On monnaie un nom, et cela peut rapporter: la Maison-Blanche développe depuis plusieurs années de nombreux produits à son image. Ensuite, c’est une manière pour eux de se protéger. À partir du moment où l’Élysée a une marque, elle se protège des tiers qui pourraient l’utiliser pour des usages commerciaux galvaudés. La ville de Paris est régulièrement confrontée à cela, lorsque des t-shirts ou autres goodies à l’effigie de la capitale sont vendus à la sauvette aux touristes. Néanmoins, il est important de rappeler que le nom «Élysée – présidence de la République» n’entravera jamais la liberté d’expression et à l’information: il sera toujours possible d’évoquer l’Élysée ou la présidence, sans risquer d’être poursuivi.

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