Un homme connu pour trafic de stupéfiants a été tué par balles dans la nuit de samedi à dimanche sur le Vieux-Port. Le nombre de réglements de compte mortels est reparti à la hausse dans la cité phocéenne.

«Sans limite». Après l’exécution, dans la nuit de samedi à dimanche à Marseille, d’un homme de 22 ans connu pour trafic de stupéfiants, les policiers marseillais annoncent une recrudescence de la violence dans la cité phocéenne. Le jeune homme a reçu une dizaine de balles de type Kalachnikov. Vers 2H30, il se trouvait à pied, quasiment en face de la mairie, lorsque deux hommes sont arrivés à sa hauteur en voiture. L’un d’eux est descendu et l’a abattu avant de prendre la fuite à bord du véhicule. Une victime collatérale a été également légèrement blessée.

«J’ai compté 30 impacts autour de la victime y compris sur la terrasse du restaurant La Piscine, le restaurant à la mode», souligne Rudy Manna, du syndicat Alliance, qui prédit une flambée de la violence, car les enjeux financiers du trafic de drogue sont tels que pour gagner des territoires, ces délinquants ne redoutent plus rien. «Nous n’en sommes qu’au début», affirme ce bon connaisseur de la délinquance marseillaise. «La peur de la police et de la justice a disparu. Le seul risque véritable pour eux est celui de se faire tuer», continue-t-il.

Marseille compte, depuis le début de l’année, 14 victimes de règlements de compte, soit autant que sur toute l’année 2017. Vingt-neuf personnes avaient été tuées en 2016. «C’est une nouvelle génération qui monte, avec une organisation en commandos et qui opère comme de petites armées. Il y a toujours eu des règlements de compte à Marseille mais beaucoup de collègues sont convaincus que le combat contre le trafic de drogue et les chefs de réseaux est perdu et qu’il n’y a plus de solution», explique Rudy Manna.

Des armes en tout genre en circulation

Il faut dire que les enquêtes de police judiciaire sont longues – un minimum de six mois – et mobilisent à chaque fois entre 6 et 10 enquêteurs. Pour faire court, l’activité criminelle serait telle à Marseille que les forces de l’ordre ont du mal à y faire face. À cela s’ajoute, le reproche récurrent d’une justice insuffisamment sévère alors que la violence ne cesse de croître. «Elle ne concerne pas que les cités et les gangs», analyse Rudy Manna. Il rappelle que ce même soir à 22h30, rue de Rome, un cycliste a tiré sur un automobiliste pour un simple différend routier. Un fait révélateur du nombre croissant d’armes en tout genre en circulation.

Par ailleurs, jusque-là cantonnés aux cités, les règlements de compte descendent dans le centre-ville malgré les risques d’une vidéosurveillance omniprésente qui ne semble pas être un outil de dissuasion. «Mieux encore, vous allez très vite retrouver la vidéo du meurtre de samedi soir sur les réseaux sociaux», prévient Rudy Manna. En effet, les policiers ont dû attendre deux heures – entre 5 et 7 heures du matin – la levée du corps. Deux longues heures durant lesquelles une vingtaine de jeunes sont venus photographier et filmer la victime dissimulée sous une couverture, et qu’il a été très difficile pour les forces de l’ordre de disperser. Une perte de repère et une impuissance de l’État inquiétantes…

«Ça suffit! Il est temps que l’État réagisse et prenne ses responsabilités en faisant tout le nécessaire pour remédier durablement à cette violence meurtrière», a réagi dans un communiqué le maire Jean-Claude Gaudin avant d’ajouter que la Ville «s’engagera à se tenir pleinement à ses côtés pour lutter efficacement contre ce fléau».

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