Emmanuel Macron se rendra en Russie mardi lors de la demi-finale face à la Belgique. Pourtant, la « tradition » du président supporteur est récente.

Emmanuel Macron se rend mardi en Russie à la demi-finale France-Belgique. Évidemment. Tellement évident que sa ministre de la Santé, Agnès Buzyn, n’a pas hésité à invoquer le calendrier de la Coupe du monde pour justifier le report du plan pauvreté. Cette évidence pourtant n’allait pas de soi et cette tradition de président supporteur est récente. « Aujourd’hui, un président ou une présidente ne pourrait pas ne pas assister au match », estime auprès de l’AFP Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et grand spécialiste de la géopolitique du football. « L’équipe de France de football fait partie du soft power de la France. C’est plus que du sport, d’autant que notre équipe est performante et sympathique », sourit le chercheur, qui rappelle qu’Emmanuel Macron, François Hollande et Nicolas Sarkozy sont tous les trois de grands amateurs de foot.

Il a fallu pourtant attendre Jacques Chirac pour voir un président en bleu. Et encore, si le président s’était rendu à Clairefontaine quelques jours avant le Mondial 98, puis s’était affiché avec un maillot barré du numéro 23 dans les tribunes il y a vingt ans, c’était avant tout en tant que dirigeant du pays hôte de la compétition. Mais les records de popularité enregistrés – 68 % de bonnes opinions fin juillet 98 – ont inspiré ses successeurs. En 2016, François Hollande enregistre lui aussi un bond de popularité, + 7 points, lorsque la France se qualifie en finale de l’Euro.

Le foot ringard

Pourtant, dans les années 80, le politique s’était tenu à une prudente distance de la glorieuse équipe tricolore emmenée par Platini et Giresse. À peine François Mitterrand consent-il à assister à la finale France-Espagne au Parc des princes lors de l’Euro 1984 – premier titre majeur des Bleus –, mais il ne fait pas le déplacement deux ans plus tard lors de la Coupe du monde au Mexique, alors que l’équipe d’Henri Michel se qualifie héroïquement dans le dernier carré. Lecteur assidu de L’Équipe, passionné de sport, le président de la République né en 1916 n’entend pas suivre les exemples des chefs d’État supporteurs, à l’instar du président italien Sandro Pertini, bruyant habitué des tribunes, ou, plus tard, Nelson Mandela ou Lula.

« Il fallait sacraliser la fonction », rappelle Pascal Boniface, « et ça ne se faisait pas de porter un maillot de l’équipe de football », alors que le foot a longtemps renvoyé à une imagerie parfois ringarde et souvent raillée. Un an après son accession à l’Élysée, le président socialiste doit intervenir pourtant après le funeste France-Allemagne, demi-finale marquée par l’agression de Schumacher sur Battiston, lors du Mondial 82 en Espagne : François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl signent alors un communiqué commun, « pour faire en sorte que la réconciliation entre les deux pays ne soit pas gâchée par ce match, tant il est vécu comme un drame », rappelle le chercheur.

Des bleus piteux

La rencontre marque également un engouement nouveau du pays pour l’équipe nationale après une longue période jugée médiocre, lors de laquelle l’équipe de France est à peine considérée par les chefs d’État successifs : les Bleus ne se qualifient ni en 1970 sous Pompidou, ni en 1974 quelques semaines après l’accession de VGE à l’Élysée, et « il n’est pas question que Valéry Giscard d’Estaing se rende en Argentine en 1978 » alors que le pays est dirigé par une junte militaire, explique Pascal Boniface.

Quid de Charles de Gaulle, réputé piètre sportif ? Il a lancé la tradition, depuis lors toujours respectée, d’assister à la finale de la Coupe de France, mais n’a jamais eu de mots sur le football. Le général avait certes tonné contre les sportifs français après les Jeux olympiques de Rome en 1960, lors desquels la délégation tricolore était revenue sans la moindre médaille d’or, mais il n’a rien dit du piteux parcours des Bleus, éliminés dès le premier tour lors de la Coupe du monde en Angleterre en 1966. « Le football n’avait pas l’importance qu’il a aujourd’hui », note Pascal Boniface. « Surtout, les relations entre l’Angleterre et la France, qui ne souhaitait pas qu’elle entre dans la communauté européenne, étaient mauvaises. » D’autant que, cette année-là, l’Angleterre a gagné.

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