La porte reste fermée: la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) n’a pas donné son feu vert vendredi à la réintégration de la Russie, suspendue depuis novembre 2015 en raison de la mise en place d’un système de dopage institutionnel.

A dix jours du début des Championnats d’Europe (6-12 août à Berlin), la décision du Conseil de l’IAAF, réuni durant deux jours à Buenos Aires, est lourde de sens même si l’arme atomique de l’exclusion, un temps brandie, n’a pas été enclenchée.

Comme à chaque rendez-vous du « gouvernement » de l’IAAF, la Task Force chargée de juger des progrès de la Russie dans la lutte antidopage a dévoilé un rapport qui reste problématique pour le pays. Rune Andersen, le patron de cette structure indépendante, a été clair: plusieurs conditions ne sont toujours pas remplies pour permettre à la Russie de reprendre sa place dans le concert des nations de l’athlétisme.

Certes, « sur certains points, les Russes sont allés au-delà de ce qui leur était réclamé », a expliqué le Norvégien, notant des « engagements significatifs ».

Mais il a surtout pointé du doigt trois écueils de taille. L’IAAF attend ainsi le paiement par la partie russe du coût provoqué par cette crise, incluant le fonctionnement de la Task Force et les divers recours auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS), une reconnaissance par les autorités russes des conclusions du rapport McLaren, qui a établi en 2016 l’existence d’un système de dopage d’Etat entre 2011 et 2015, et enfin l’accès au laboratoire de Moscou et aux échantillons prélevés entre 2011 et 2015.

Points cruciaux
Ces deux derniers points sont cruciaux puisqu’ils avaient justifié le maintien de la suspension de l’Agence antidopage russe (Rusada) lors de la réunion du comité exécutif de l’Agence mondiale antidopage (AMA), en mai à Montréal.

« Si les autorités russes ne reconnaissent pas que des officiels du ministère des sports ont corrompu le travail de la Rusada, comment pourrait-on croire que tout ceci ne se répétera pas dans le futur ? Et comment les athlètes russes pourraient-ils alors être réhabilités sans saper l’intégrité des compétitions ? », s’est interrogé Rune Andersen.

« Nous savons que l’AMA est en lien avec les autorités russes pour résoudre ces problèmes avant la réunion de son Comité exécutif en septembre. Nous espérons qu’il y aura alors une percée. Si c’est le cas, la Task Force espère être en mesure de proposer la réintégration de la Russie lors du prochain Conseil de l’IAAF en décembre à Monaco. Sinon, il faudra considérer d’autres options », a-t-il ajouté.

Les Russes « déçus »
Vendredi soir, le président de la Fédération russe d’athlétisme, Dmitri Chliakhtine, s’est déclaré « déçu » de la décision de l’IAAF.

« Je ne cache pas que nous comptions sur une décision positive, sur un rétablissement partiel de la Fédération russe d’athlétisme. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu », a déclaré M. Chliakhtine, cité par l’agence officielle TASS. « Nous allons toutefois poursuivre le travail visant à obtenir le rétablissement de la Fédération », a-t-il assuré.

Le maintien de la suspension de la Russie n’aura en tout cas pas de grosses conséquences sur les « Europe », le principal rendez-vous de cette saison sans JO ni Mondiaux. L’IAAF a en effet mis en place un système permettant aux athlètes russes considérés comme irréprochables par un panel antidopage de concourir sous drapeau neutre: 19 ont ainsi participé aux Mondiaux 2017 et huit ont pris part aux Mondiaux en salle à Birmingham, en mars 2018. Cette liste compte 72 athlètes cette année dont les deux têtes d’affiche Mariya Lasitskene (saut en hauteur) et Sergey Shubenkov (110 m haies), 68 autres ayant été refusés.

Outre le dopage russe, le Conseil de l’IAAF s’est également penché sur l’épineux dossier des transferts d’allégeance, gelés depuis février 2017, pour mettre fin au marché de talents africains où la Turquie et les pays du Golfe s’approvisionnent. Un nouveau règlement a été adopté avec la création d’une commission indépendante chargée de valider ou non chaque demande de changement de nationalité, qui sera interdit avant 20 ans. Un délai de trois ans sera réclamé avant tout transfert qui ne pourra s’effectuer qu’une seule fois pour chaque athlète.

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