Le président brésilien Michel Temer a convoqué dimanche une réunion d’urgence après des heurts à la frontière avec le Venezuela entre la population locale et des migrants, des épisodes qui se multiplient dans la région avec l’exode de Vénézuéliens et de Nicaraguayens fuyant leur pays en crise.

M. Temer a réuni à Brasilia six de ses ministres clés dont ceux de la Défense, de la Sécurité publique et des Affaires étrangères pour discuter de la situation dans la ville frontalière de Pacaraima (nord), théâtre la veille de violences contre des migrants.

Des dizaines de milliers de Vénézuéliens fuyant la crise politique, économique et sociale que traverse leur pays ont rejoint le Brésil ces dernières années.

Dernier exemple en date des tensions résultant de ces mouvements migratoires: le vol et l’agression samedi d’un commerçant de Pacaraima (nord) attribués à des Vénézuéliens.

Des dizaines d’habitants de cette localité, où vivent un millier de migrants dans la rue, ont alors détruit leurs deux principaux camps de fortune et brûlé leurs affaires. Des coups de feu ont été tirés, les magasins fermés et des débris divers jonchent les rues.

« C’était terrible, ils ont incendié les tentes et tout ce qu’il y avait à l’intérieur », a témoigné Carol Marcano, une Vénézuélienne.

« Un désert »

Des Vénézuéliens ont répliqué en détruisant un véhicule portant une plaque brésilienne, a-t-elle ajouté.

Trois Brésiliens ont été blessés, selon la police militaire. Aucune information n’était disponible concernant des victimes du côté vénézuélien.

Au premier semestre, quelque 56.740 Vénézuéliens ont cherché à légaliser leur situation au Brésil pour y obtenir le droit de refuge ou de résidence temporaire.

Mais « environ 1.200 migrants sont rentrés au Venezuela » dans la nuit de samedi à dimanche, a confirmé à l’AFP le porte-parole du groupe multidisciplinaire brésilien (ONG, armée, organisations locales) opérant à la frontière avec le Venezuela.

La ville de Pacaraima « ressemble aujourd’hui à un désert. Tout est très calme, des renforts de police sont arrivés et les marchés ont rouvert », a indiqué un habitant de cette ville d’environ 12.000 habitants requérant l’anonymat.

Les autorités brésiliennes ont en effet dépêché des renforts à la frontière comme le souhaitait la gouverneure de l’Etat local de Roraima, Suely Campos, qui dit craindre « l’essor de la criminalité », liée selon elle aux migrants.

Dans ce contexte, le ministère vénézuélien des Affaires étrangères a appelé le Brésil à prendre à « prendre des mesures pour assurer la sécurité des ressortissants vénézuéliens et de leurs biens ».

Tensions régionales

Les tensions migratoires se développent dans d’autres pays d’Amérique latine, attisées par les crises au Venezuela mais aussi au Nicaragua, où le président Daniel Ortega réprime sans ménagement un mouvement de contestation.

En Equateur, des migrants vénézuéliens sont bloqués à la frontière, où on leur demande désormais des passeports, que la plupart n’ont pas, au lieu d’une simple carte d’identité.

Rien que la semaine dernière, quelque 20.000 Vénézuéliens sont entrés au Pérou, selon les autorités locales qui exigeront aussi des passeports à partir du 25 août.

Les autorités péruviennes ont aussi devancé dimanche la date butoir pour demander un permis temporaire permettant aux Vénézuéliens de travailler et d’accéder aux services sociaux au Pérou.

« Seuls les Vénézuéliens qui entrent au Pérou d’ici au 31 octobre peuvent soumettre une demande de permis », stipule un décret présidentiel. Une fois au Pérou, ces migrants auront jusqu’au 31 décembre pour soumettre leur dossier, plus tôt que le 30 juin 2019 initialement prévu.

Symboles nazis

En Colombie, les autorités redoutent pour leur part que les contrôles frontaliers instaurés en Equateur, à la suite de l’instauration d’un état d’urgence migratoire, ne laissent des milliers de Vénézuéliens bloqués dans leur pays.

Les Nations unies évaluent à 2,3 millions de personnes le nombre de Vénézuéliens à avoir quitté leur pays, fuyant la misère et à la recherche d’un emploi. Plus de 800.000 ont gagné la Colombie, où ils bénéficient d’un droit de séjour temporaire.

La situation dans un autre pays de la région, le Nicaragua, pousse aussi des milliers de personnes à traverser la frontière pour trouver refuge chez leur voisin, le Costa Rica, de peur d’être interpellés.

Ces Nicaraguayens fuient les mesures de répression du président Daniel Ortega. Au total, ces violences ont fait plus de 300 morts au cours des derniers mois.

Devant l’afflux de Nicaraguayens, des centaines de personnes ont manifesté samedi au Costa Rica, parfois violemment et en agitant des symboles nazis, pour dénoncer ces migrants.

Certains d’entre eux ont convergé vers le parc de la Merced, dans le centre de la capitale San José, voulant s’en prendre à des migrants, mais la police les en a empêchés, selon les autorités, évitant ainsi des heurts comme au Brésil.

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