Lors de son message mardi soir à ses partisans à Erevan, le Premier ministre Nikol Pachinyan les a exhortés à lutter face à la « contre-révolution », et ce en votant lors de la prochaine élection municipale dans la capitale arménienne.

M. Pachinyan a consacré une grande partie de son discours au scandale des écoutes téléphoniques impliquant les plus hauts responsables des agences de sécurité et d’enquête.

Les autorités arméniennes ont ouvert une enquête pénale sur les écoutes de conversations téléphoniques entre les chefs du Service de la sécurité nationale et du Service des enquêtes spéciales, au cours desquelles ils ont discuté d’une enquête en cours sur les violences postélectorales de 2008.

L’audio des conversations, apparemment censées compromettre le gouvernement de Pachinian, a été divulgué aux médias et mis en ligne par plusieurs sites d’information mardi.

En réaction, le bureau de l’ancien président Robert Kotcharian, une des personnalités accusées des événements meurtriers survenus il y a dix ans, a rétorqué que le contenu des conversations montrait que l’affaire était « un exemple classique de vendetta politique ».

S’exprimant lors d’un rassemblement mardi soir, le Premier ministre Pachinyan a qualifié les écoutes téléphoniques de « complot et crime contre le statut de l’Arménie ».

« J’ai chargé le service de sécurité nationale, et la police, de trouver ceux qui ont organisé ce complot dans les plus brefs délais, et de les tenir pour responsables dans les termes les plus stricts », a-t-il prévenu.

Pachinian a également affirmé que « certaines personnes liées aux oligarques et aux hauts fonctionnaires ont acquis du matériel d’écoute électronique et créé leurs propres services spéciaux en parallèle des services spéciaux de l’Etat ».

« Tous ces services « spéciaux » seront identifiés et détruits. Tous les groupes possédant des armes illégalement seront désarmés. J’ordonne à la police et au service de sécurité nationale d’entamer immédiatement des raids », a déclaré Pachinyan.

Pour la première fois en tant que Premier ministre, Pachinyan a directement accusé l’ex-président et ex-Premier ministre Serge Sargsian, qu’il a démis de ses fonctions en avril dernier, d’être derrière une « contre-révolution ». Toujours pour la première fois, il a juré que « Sarkissian comparaîtra devant une cour ».

«Robert Kotcharian et Serge Sargsian, vous avez décidé de défier le peuple arménien. Votre défi est accepté », a lancé Pachinian sur un ton sévère.

Se référant à l’enquête sur la répression postélectorale du 1er et 2 mars 2008 au cours de laquelle 10 personnes ont été tuées, Pachinyan a accusé Kotcharian et Sargsian d’avoir « usurpé le pouvoir » et a déclaré qu’ils devaient être jugés pour leurs crimes.

« Robert Kotcharian et Serge Sargsian sont responsables du pillage de l’Arménie et ils doivent être jugés », a t-il accusé.

Pachinian a souligné dans ce contexte que les votants lors des élections municipales d’Erevan prévues pour le 23 septembre doivent donc soutenir le bloc pro-gouvernemental My Step pour assurer une victoire claire et envoyer ainsi un message fort à cette « contre-révolution ».

« Cette élection municipale est une élection qui oppose révolution et contre-révolution… De nombreux partis et groupes politiques qui prétendent être nos alliés et partisans de la révolution ont flirté et continuent de flirter avec la contre-révolution. Ne donnez pas à la contre-révolution un vote unique », a dit Pachinyan. Ajoutant : « Lors des prochaines élections, nous avons besoin de plus qu’une victoire. Nous avons besoin d’une majorité inconditionnelle, complète et incontestée, nous avons besoin d’une reddition inconditionnelle de la contre-révolution ».

Au total, 12 partis politiques et alliances se sont présentés aux élections municipales qui auront lieu le 23 septembre à Erevan. Un certain nombre d’entre eux étaient des partenaires de coalition du Parti républicain d’Arménie (HHK) dirigé par Sargsian. Tous ont cependant nié avoir des liens actuellement avec l’ancien parti au pouvoir. Le HHK lui-même ne participe pas à cette élection qui, selon de nombreux analystes, sera un test crucial pour Pachinyan et son équipe politique avant les élections législatives anticipées prévues pour l’été prochain.

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