Petite nation balte à dominante protestante, la Lettonie a offert lundi au pape François un bain de foule et un jour férié, en espérant que cette visite aide à mieux placer le pays sur la carte du monde et à renforcer l’unité nationale.

C’est à Aglona, un bucolique village à 200 km au sud-est de la capitale Riga, que le pape, visiblement fatigué mais souriant, a été acclamé à son arrivée en hélicoptère par 40.000 personnes.

Pour étoffer les rangs de la petite communauté catholique de ce pays de 1,9 million d’habitants, des Polonais, des Russes et des Ukrainiens ont également convergé en capes de pluie vers la plus importante église catholique du pays, sanctuaire marial reconnu.

Parmi eux, le Russe catholique Ivan Petrov, venu de la ville de Pskov, dans l’ouest de la Russie. « Nous sommes venus nombreux en famille pour voir le pape. Car il est très peu probable que François soit invité en Russie, du moins dans un avenir proche », a-t-il expliqué, brandissant un drapeau de la Fédération russe.

Une participante lettone, Laura Pushmucane, a relevé que le Rosaire était récité en latgalien, un dialecte issu du letton dont l’usage en Lettonie fut réprimé sous les régimes nazi et communiste.

Durant son homélie en plein air, le pape a d’ailleurs cité la lettre à ses parents d’un évêque catholique de la région de Latgale, exilé durant la Guerre froide. « Ne permettez pas à la vengeance ou à l’exaspération de se faire un chemin dans votre coeur. Si nous le permettions, nous ne serions pas de vrais chrétiens, mais des fanatiques », a-t-il cité.

Le pape se rend en Lettonie – comme en Lituanie samedi et dimanche derniers, et en Estonie mardi – dans l’année du centenaire de leur indépendance de 1918.

Après la Révolution russe de 1917, la Lettonie avait déclaré son indépendance le 18 novembre 1918, mais cette liberté a été de courte durée. Les pays baltes sont entrés au sein de l’URSS en 1940, puis ont été conquis par l’Allemagne nazie en 1941 avant de faire partie de nouveau de L’URSS en 1944.

De nouveau indépendante comme la Lituanie et l’Estonie depuis la chute du pays soviétique en 1991, la Lettonie est encore en train de construire sa relativement jeune identité nationale, maintenant fermement installée dans l’Union européenne et dans l’Otan.

Les protestants sont majoritaires (25 %) en Lettonie et les orthodoxes sont à peu près 11 %, moins nombreux que les catholiques (21 %, selon le Vatican).

L’oecuménisme – qui s’inscrit bien dans la recherche de l’unité nationale – était donc l’un des thèmes dominants de la visite d’une journée. Le pape a rencontré dix chefs de confessions chrétiennes – luthériens, orthodoxes russes, baptistes, méthodistes et épiscopaliens – lundi matin en la cathédrale luthérienne de Riga.

Le pape y a loué « l’amitié entre les diverses Eglises chrétiennes, qui ont réussi à créer de l’unité en gardant la richesse et la singularité propres à chacune », se réjouissant d’un « oecuménisme vivant » caractéristique de la Lettonie.

Pour Tabita et Helga, deux jeunes filles portant les T-shirts rouges des volontaires catholiques mobilisées à Riga, « grâce à la visite du pape, plus de gens trouveront peut-être le chemin qui conduit vers Dieu ».

Ketija Strazda, jeune juriste lettone, est luthérienne, mais elle est venue à la rencontre du pape, à Riga, avec curiosité, voire avec émotion: « Il est le chef d’une grande religion, il fera connaître mon pays à l’étranger ».

Sa visite « devrait renforcer l’unité nationale », pense la jeune femme, qui s’est jointe avec son compagnon à quelques centaines de personnes venues applaudir le chef de l’Eglise catholique, devant le monument de la liberté dans le centre de Riga, une immense statue de femme aux bras levés.

Mû apparemment par un sentiment de gratitude, le président Raimonds Vejonis, chef de l’Etat laïc letton, est allé jusqu’à affirmer que « la foi rapproche les pays au-delà de leurs différences nationales ».

D’après le Point

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