« Une décision historique » mais douloureuse: les Macédoniens ont commencé à voter dimanche pour dire s’ils acceptent de baptiser leur pays « Macédoine du nord », un nouveau nom qui solderait un vieux conflit avec la Grèce et les rapprocherait de l’UE.

Ce référendum sera consultatif et son résultat devra être validé par le Parlement à la majorité des deux tiers. Mais il sera suivi de près à Bruxelles, aux sièges de l’Otan et de la Commission européenne.

Il « changera les choses si cela nous ouvre la porte de l’Europe et de l’Otan », explique Olivera Argirovska, ancienne infirmière de 74 ans, venue voter tôt au bureau de vote du lycée Tito dans le centre de Skopje où moins d’une dizaine de citoyens s’était présentée dans la première heure.

Pays pauvre des Balkans qui a payé son isolement d’un marasme économique persistant, la Macédoine entend intégrer ces organisations, promesses de stabilité et de prospérité pour beaucoup.

Cette quête se voit entravée par le veto d’Athènes, pour qui le nom de Macédoine est exclusivement celui de sa province septentrionale, autour de Thessalonique.

Depuis l’indépendance de l’ex-République yougoslave en 1991, les Grecs crient à l’usurpation d’identité, à la spoliation d’héritage, notamment celui du roi antique Alexandre Le Grand. Ils soupçonnent leurs voisins, majoritairement slaves, de dissimuler des ambitions territoriales.

Achevées en 2017, les années au pouvoir de la droite nationaliste macédonienne (VMRO-DPMNE), ont encore tendu les relations. Le pays s’est alors couvert de statues et de références à Alexandre Le Grand et Philippe de Macédoine, suscitant invariablement l’ire grecque.

Mais en juin, le nouveau Premier ministre social-démocrate Zoran Zaev a signé avec son homologue Alexis Tsipras un accord susceptible de clore ce différend: si (et seulement si) le nom de « République de Macédoine du Nord » devait être adopté, Athènes cesserait de faire barrage à l’Otan et l’UE.

C’est sur cet enjeu qu’a insisté le pouvoir. Sur les murs de Skopje, les « Oui à une Macédoine européenne » s’affichent en lettres rouges, appel à prendre part à une « décision historique » et à ignorer les appels au boycott lancés sur les réseaux sociaux.

Mais les mots de « Macédoine du Nord » n’apparaissent pas plus que dans la question du référendum: « Êtes-vous pour l’adhésion à l’UE et à l’Otan, en acceptant l’accord » avec la Grèce?

De nombreux Macédoniens ont du mal à accepter ce nouveau nom, qu’ils estiment imposé de l’extérieur.

« Je comprends ce que ressentent les Macédoniens (…), c’est du chantage », dit Abedin Memeti, membre de la minorité albanaise. « Mais l’UE et l’Otan sont plus importants pour nous tous », dit le jeune homme qui votera « oui », comme l’immense majorité des membres de sa communauté (20 à 25% des 2,1 millions d’habitants).

« Je ne suis pas heureuse. Et je ne connais personne que cet accord rende heureux », avoue Danica Taneska, 55 ans. Le choix de cette habitante de Skopje va au « non ».

Un vote négatif qui arrangerait toutefois plus Zoran Zaev qu’une abstention, son principal souci.

Espérant saper la légitimité d’un « oui » largement favori, les adversaires de l’accord appellent au boycottage, à l’instar du président Gjorge Ivanov, un proche de la droite nationaliste, dont les fonctions sont honorifiques.

Les partisans du « Oui » espèrent une participation dépassant la barre des 50%. L’abstention sera nourrie par les Macédoniens mécontents mais aussi par la diaspora: moins de 3.000 de ses membres sont inscrits, alors qu’elle représenterait un quart de la population selon les estimations, un exode qui est un fléau pour la Macédoine.

Pour Borjan Jovanovski, journaliste spécialiste des questions européennes, l’enjeu est pourtant vital: l’UE « est la seule force cohérente qui peut préserver la paix entre religions et communautés ethniques dans un pays aussi mélangé que la Macédoine ».

Épargné par les conflits sanglants des années 1990 dans l’ex-Yougoslavie, le pays a failli basculer en 2001 quand des affrontements ont éclaté entre une guérilla albanaise et les forces macédoniennes. Un accord avait fait taire les armes, en octroyant des droits plus importants aux Albanais.

Le professeur de droit Besa Arifi juge le moment historique: « C’est la première fois que je vois des Macédoniens et des Albanais mener une campagne ensemble pour un objectif commun ».

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