Jean-Arnault Dérens est historien et rédacteur en chef du Courrier des Balkans, auteur de Là où se mêlent les eaux.

LE FIGARO. – La Macédoine vient de voter pour changer de nom et régler son différend avec la Grèce. Mais la faible participation au référendum a donné lieu à un résultat empoisonné. Que va-t-il se passer?

Jean-Arnault DÉRENS. – C’est un oui qui vaut un non. Ce référendum devait, pour avoir de la valeur, recueillir 50 % de participation mais 36 % seulement des Macédoniens ont voté. L’accord conclu avec la Grèce est donc mal parti. Le parti d’opposition conservateur au Parlement avait dit qu’il n’accepterait le changement de nom que si le quota était respecté. Et côté grec, le camp du non s’est renforcé. C’est un désaveu terrible pour le premier ministre mais aussi pour l’Union européenne, qui a dépêché ses émissaires à Skopje pour inciter les gens à voter. Ce fut une erreur de mêler la question du nom, c’est-à-dire de la normalisation des relations avec la Grèce, à celle de l’intégration européenne et de l’adhésion à l’Otan. Les Macédoniens savent bien que l’adhésion à l’UE n’est pas à l’ordre du jour et qu’on a essayé de leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Que va-t-il se passer? Sans doute un retour au statu quo. De nouvelles élections vont probablement être organisées mais ses résultats seront imprévisibles.

Le statu quo devrait aussi résister aux élections du 7 octobre en Bosnie?

Oui. Les Européens sont obsédés par la stabilité. Mais aucun pays au monde n’est plus stable que la Bosnie-Herzégovine. Ce sont les mêmes partis politiques, les mêmes oligarchies corrompues et prédatrices qui sont au pouvoir. Ils étaient déjà là avant la guerre et vont sans doute sortir encore renforcés des élections. Depuis les accords de Dayton, qui ont été utiles pour mettre fin à la guerre en 1995, la Bosnie est contrainte par un système irréformable et bloqué. Elle est devenue un millefeuille politique immangeable. Le pays tient comme s’il portait une camisole de force. Les oligarques nationalistes utilisent le système pour se maintenir au pouvoir. Ils le font d’autant plus facilement que la Bosnie se vide de tous ceux qui sont favorables au changement. Elle connaît aujourd’hui un exode plus important que pendant la guerre. Les gens qui partent ont perdu tout espoir dans la possibilité d’un changement.

Les présidents de Serbie et du Kosovo envisagent de résoudre leur différend par un échange de territoires. Est-ce une bonne idée?

Ce projet ne se fera jamais, car il n’a aucun sens. Jamais la Serbie n’abandonnera la vallée de Presevo, peuplée d’Albanais mais qui est stratégique car elle est à la frontière avec la Macédoine. Il peut en revanche se révéler dangereux pour la région car, au moins au niveau du discours, on a fait sauter un tabou en disant qu’on pourrait arriver à une solution meilleure en redéfinissant les frontières sur des bases ethniques. Cela crée un précédent dont les conséquences pourraient être dramatiques.

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