Les députés tunisiens ont adopté la semaine dernière un projet de loi criminalisant la discrimination raciale. Une première dans ce pays où les actes racistes contre la minorité noire et les étrangers subsahariens sont encore nombreux.

« À 13 heures, je sortais de chez moi pour jeter la poubelle quand j’ai croisé un groupe de jeunes Tunisiens. Ils m’ont alors lancé des pierres. Je n’ai rien dit, préférant rester calme. Un Tunisien, qui passait, a vu la scène. Je l’ai interpellé : ‘Comment pouvez-vous les laisser me traiter de la sorte alors que je suis enceinte ?’ Mais il n’a pas réagi. »

Ce témoignage d’une Ivoirienne, relaté fin août 2018 par les Observateurs de France 24, est symptomatique des profonds problèmes de racisme qui touchent les résidents subsahariens de Tunisie ou les Tunisiens noirs. Mardi 9 octobre, les députés tunisiens ont légiféré, pour la première fois, pour condamner ces pratiques. Après plusieurs heures de séance plénière, le projet de loi criminalisant la discrimination raciale a été adopté.

À une large majorité des présents (125 voix pour, une contre et 5 abstentions, sur 217 députés), l’Assemblée des représentants du peuple a décidé d’entendre le signal d’alarme tiré depuis plusieurs années par la société civile tunisienne. La loi sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale prévoit des peines allant d’un mois à un an de prison et jusqu’à 1 000 dinars (300 euros) d’amende pour des propos racistes. « L’incitation à la haine », les « menaces racistes », la « diffusion » et « l’apologie du racisme » ainsi que la « création » ou la « participation à une organisation soutenant de façon claire et répétitive les discriminations » sont passibles d’un à trois ans de prison, et jusqu’à 3 000 dinars (1 000 euros) d’amende. C’est une première en Tunisie : avant l’adoption de la loi, aucun texte juridique ne condamnait formellement les actes racistes.

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