Son nom : Meaza Ashenafi. Cette ancienne juge de 54 ans, dont la candidature a été poussée par le Premier ministre, a été élue à l’unanimité par les députés du Parlement.

Abiy Ahmed a tenu sa promesse. Après la nomination de Sahle-Work Zewde au poste de présidente du pays, la formation d’un gouvernement composé de dix hommes et de dix femmes, voilà que, pour la première fois dans l’histoire du pays, le dirigeant de la Cour suprême éthiopienne est une femme.

« J’ai travaillé toute ma vie pour apporter justice et équité. J’espère que cette nomination m’aidera à faire plus. Le plafond de verre a été détruit », a-t-elle déclaré lors de sa nomination. Cette ancienne juge à la Haute Cour aura en tout cas la lourde tâche d’assumer les décisions de l’institution, dans un pays parfois méfiant envers les organes nationaux.

Le combat d’une vie
Mais cette accession constitue également une formidable opportunité de porter au sein des hautes sphères nationales une cause qu’elle soutient depuis de longues années : la défense des droits des femmes. Une vocation née chez elle lors des études de droit à Addis-Abeba. Meaza Ashenafi est alors la seule étudiante de sa classe. Quelques années plus tard, en 1995, elle fonde l’Ethiopian Women’s Lawyers Association, une ONG qui défend notamment des femmes victimes de violences domestiques, en leur apportant un soutien juridique.

Lors de ses années à la tête de l’organisation, Meaza Ashenafi avait notamment défendu une adolescente de 14 ans accusée d’avoir tué un homme qui l’avait violée pour pouvoir ensuite l’épouser. Elle s’occupe du dossier et plaide la légitime défense, jamais accordée à une femme en Éthiopie. Elle obtient un précédent judiciaire qui rend, à partir de 2004, illégal et passible de quinze ans d’emprisonnement l’enlèvement de fillettes en vue de leur mariage. Cette histoire a été relatée dans le film Difret, sorti en 2014, et produit par l’actrice américaine Angelina Jolie.

En 2006, cette native d’Assosa – un village situé à 800 kilomètres à l’ouest d’Addis-Abeba – accède à un poste au sein de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Cela après avoir obtenu une maîtrise de droit des femmes à l’université du Connecticut, aux États-Unis. Elle y collectera et diffusera des données sur les droits et les libertés des femmes africaines.

Dans les instances nationales
Dès 2008, Meaza Ashenafi travaille avec son amie Sarah Abera à la création de la première banque de femmes en Éthiopie. Ce sera chose faite en 2011, avec l’ouverture d’Enat Bank, un établissement financier privé pour les femmes. La structure est destinée à contribuer à l’autonomisation économique des femmes par un meilleur accès au capital.

Depuis fin juin, elle participait à la révision de lois éthiopiennes controversées, portant notamment sur la société civile, le terrorisme et les médias. Un travail au cœur des institutions étatiques que l’Éthiopienne connaît bien. En 1993, elle avait travaillé à la rédaction de première constitution du pays, en tant que conseillère juridique. Elle avait, déjà à l’époque, plaidé en faveur des droits des femmes et des enfants. Une bataille qu’elle pourra mener à la Cour suprême.

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