Les sommets du G20 sont en principe dédiés à ce que doivent faire les plus fortes économies nationales du monde pour coopérer afin de stimuler la croissance mondiale. Or cette année, quelle qu’en soit la manière, plus que jamais, le sujet central de la réunion apparaît être la rivalité entre États-Unis et Chine

Visant toujours plus loin, rivalité est l’expression de l’empire étasunien fini, qui tente désespérément de retrouver sa puissance d’antan. Beaucoup de bruit, de fureur et de prétention sortent des États-Unis, l’État hégémonique. Pourtant, réalité inéluctable, les beaux jours de l’empire sont révolus.

Avant le sommet qui se tiendra ce week-end en Argentine, l’administration Trump a délivré de furieux ultimatums à la Chine, pour lui intimer de ‘changer de comportement’. Washington menace d’escalade de guerre commerciale, si Pékin ne se conforme pas à ses exigences de politique économique.

Prenant à leur point d’ébullition les doléances contre la Chine, doléances qui mijotaient depuis longtemps, le président Trump a critiqué Pékin pour son commerce déloyal, sa manipulation monétaire et son vol de droits de propriété intellectuelle. La Chine rejette cet exposé péjoratif de ses pratiques économiques.

Et au cas où Pékin ne se conformerait pas aux diktats étasuniens, l’administration Trump a prévenu de hausse des tarifs douaniers sur les exportations chinoises.

La gravité de la situation a été mise en évidence par les propos tenus cette semaine par Cui Tiankai, ambassadeur de Chine aux États-Unis. Il a averti que les leçons de l’histoire montrent que les guerres commerciales peuvent déboucher sur de vraies guerres catastrophiques. Il a exhorté l’administration Trump à revenir à la raison et à chercher à négocier le règlement des différends.

Le problème étant que Washington exige l’impossible. C’est comme si les États-Unis voulaient que la Chine revienne à quelque époque de solide capitalisme étasunien qu’ils imaginent. Sauf que la Chine n’en a pas le pouvoir. Par sa structure, l’économie mondiale n’est plus adaptée à la domination étasunienne. La machine de production et de la croissance se trouve désormais en Eurasie, dans le domaine chinois.

Pendant des décennies, la Chine a été un marché géant de production de biens de consommation de base bon marché. De nos jours, sous le président Xi Jinping, le pays entre dans une nouvelle phase de développement, avec des technologies sophistiquées, une production de haute qualité et des investissements.

Nous assistons maintenant à l’évolution économique de l’Eurasie, à la manière de celle que le monde a connue auparavant en Europe et aux États-Unis. Jusqu’aux années 1970, dans les décennies qui suivirent la Seconde Guerre Mondiale, le leader mondial incontesté était le capitalisme étasunien. Grâce à sa puissance militaire, l’ordre mondial de l’après-guerre a été défini et façonné par Washington. Parfois appelé trompeusement Pax Americana, cet ordre mondial n’avait rien de pacifique. Le plus souvent de stabilité relative, cet ordre se maintenait au prix d’énormes violences et de régimes répressifs sous tutelle de Washington.

La mythologie étasunienne ne parle pas d’empire. Censés être différents des anciennes puissances coloniales d’Europe, les États-Unis devaient guider le monde grâce à leurs ‘exceptionnelles’ vertus, liberté, démocratie et État de droit. En vérité, la domination des États-Unis sur le monde, s’adossait sur la mise en vigueur de la force impitoyable de l’empire.

Fait curieux du capitalisme, il devient toujours trop grand pour sa base nationale. Ses marchés finissent par devenir trop petits, et sa recherche de profits est insatiable. Les capitaux étasuniens ont rapidement trouvé des opportunités plus lucratives sur le marché chinois émergent. Dès les années 1980, des entreprises étasuniennes ont abandonné leur pays pour s’établir en Chine, exploiter la main-d’œuvre bon marché et exporter leur production dans leur pays d’origine, vers des consommateurs de plus en plus sous-employés. Cet arrangement a tenu en partie grâce à l’endettement apparemment infini des consommateurs.

Ce n’est bien sûr pas tout. La Chine a innové et s’est développée indépendamment des capitaux étasuniens. Il est contestable que la Chine soit un exemple de capitalisme ou de socialisme dirigé par l’État, bien que les autorités chinoises disent que ce soit le cas. En tout état de cause, le développement économique de la Chine a transformé l’hémisphère eurasien entier. Que cela plaise ou non, Pékin est la locomotive de l’économie mondiale. La preuve en est dans la confiance envers la Chine dont font montre les pays de la région Asie-Pacifique pour leur croissance future.

Washington s’époumone sur l’expansionnisme chinois qui ‘menace’ ses alliés en Asie-Pacifique. Mais la réalité est que Washington vit dans le passé de sa gloire révolue. Les blocs commerciaux, comme la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), se rendent compte que leur pain est beurré par la Chine, pas par les États-Unis. Le discours de Washington, son ‘tenir tête à la Chine’, n’est que mots creux, vides de sens. Il ne signifie pas grand-chose pour les pays attirés par les avantages de leur développement économique et des investissements chinois.

Taiwan en est l’exemple. Contrairement au ‘Taiwan libre’ du discours de Washington, de plus en plus de pays asiatiques respectueux du point de vue chinois, considèrent que cette province est renégate, réduisent leurs liens bilatérales avec Taiwan. La position des États-Unis n’est que parler creux, tandis que les relations des autres pays sont établies sur des exigences économiques matérielles. Et respecter la sensibilité de Pékin est pour eux un choix avisé.

Un récent article du New York Times a très bien illustré l’évolution des contours de l’ordre économique mondial. Il confirme ce que bien d’autres observent, à savoir que la Chine est en passe de supplanter les États-Unis à la première place de l’économie mondiale. Dans les années 1980, d’après le New York Times, près de 75% de la population chinoise était dans l’extrême pauvreté. De nos jours, moins de 1% est dans cette situation. Pour les États-Unis, la trajectoire est l’inverse, de plus en plus de gens subissant le manque.

Les projets économiques stratégiques chinois, l’initiative One Belt One Road, qui vise à intégrer le développement régional sous sa direction et avec ses finances, ont déjà créé un ordre mondial analogue à celui du capital étasunien des décennies de l’après-guerre.

Des spécialistes et des politiciens étasuniens, le vice-président Mike Pence, par exemple, peuvent bien dénigrer les mesures économiques chinoises en disant qu’elles créent le ‘piège de l’endettement’ des autres pays. Mais la réalité est que ces autres pays sont attirés par le leadership dynamique de la Chine.

La vision du développement économique de Pékin est plus éclairée et viable que celle des Étasuniens et des Européens. Le leitmotiv de la Chine et de la Russie repose essentiellement sur le développement multipolaire et le partenariat mutuel. L’économie mondiale ne fait pas que passer d’un pays hégémonique – les États-Unis – vers un autre tyran impérial – la Chine.

Fait paraissant incontournable, les jours de l’empire étasunien sont révolus. Sa vigueur capitaliste s’est dissipée il y a plusieurs décennies. Régnant dans les relations entre Washington et Pékin, l’agitation et la rancœur sont le fait de la classe dirigeante étasunienne, qui voudrait recréer le rêve de son ancien dynamisme. Washington veut que la Chine sacrifie son développement pour, d’une façon ou d’une autre, relancer la société étasunienne. Cela n’arrivera pas.

Ça ne veut pas dire que la société étasunienne ne pourra jamais se régénérer. Elle le pourrait, tout comme l’Europe. Mais cela exige de restructurer le système économique en faisant revivre la démocratie. Le ‘bon vieux temps’ du capitalisme est mort. L’empire étasunien, comme les empires européens, est obsolète.

Voilà, passé sous silence, le sujet numéro 1 de l’ordre du jour au sommet du G20. Bye bye l’empire étasunien.

Ce que les États-Unis doivent faire, c’est se régénérer en réinventant l’ordre économique social, basé sur le développement démocratique, au lieu du profit privé d’une minorité d’apparatchiks capitalistes.

S’ils ne le font pas, la vaine alternative sera l’échec des dirigeants politiques étasuniens qui tentent de forcer la Chine, et d’autres, à payer leur avenir. Cela ne mène qu’à la guerre.

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