À cinq mois des élections européennes, les premières grandes tendances se dessinent dans le paysage politique. Le sénateur russe Alexeï Pouchkov a donné à Sputnik sa vision sur les nouveaux rapports de force qui se dessinent au sein de l’UE et sur les conséquences qu’ils pourraient avoir dans la relation UE-Russie.

La déclaration de Francis Lalanne, appelant un «rassemblement de Gilets jaunes» à établir une liste pour les élections européennes, a remis en un fait souvent négligé: il n’y a pas que les partis politiques établis qui peuvent constituer une liste pour les élections européennes. Ainsi, l’activisme de la société civile est-il une confirmation de processus sous-jacents dans le paysage politique européen.

Dans une interview à Sputnik, le sénateur russe Alexeï Pouchkov confirme qu’«il y aura de grands changements au Parlement européen».

«Les partis traditionnels- surtout conservateurs- européens conserveront leur prépondérance, estime Alexeï Pouchkov dans un entretien à Sputnik, mais la domination des partis classiques libéraux sera ébranlée par les partis dits eurosceptiques.»

Parlant de l’Italie, Alexeï Pouchkov avance même des chiffres concrets où «tout mène à penser que la Ligue de Matteo Salvini aurait 26 à 28 députés au Parlement européen. En deuxième position viendrait le parti alternatif 5 Étoiles avec 18 à 23 députés.» Pour le sénateur, cela va changer entièrement la participation italienne et

«La même chose risque de se passer avec d’autres pays européens. Ce camp assez restreint des critiques envers l’Union européenne va s’élargir après les élections.»

Début décembre, le Parti des socialistes européens s’est réuni à Lisbonne pour son congrès annuel. Il a rassemblé des participants de 56 pays et a également marqué le début de la campagne des socialistes pour les élections européennes de 2019. D’après Alexeï Pouchkov,

«Cela va donner les chiffres assez mauvais pour les socialistes, puisqu’ils vivent une crise profonde dans plusieurs pays européens, à quelques exceptions près.»

Pour le sénateur, «la nouvelle composition du Parlement ne va pas donner la majorité aux partis critiques envers l’UE, mais va démontrer qu’il y a un changement important dans la composition des forces.»

Reste ouverte la question de l’impact de ces changements sur la Commission européenne. Difficile à définir aujourd’hui avec certitude, cette influence devrait se traduire, selon le sénateur russe, dans le fait que «les partis traditionnels devraient conserver leur contrôle, contrecarré par une très grande présence de l’opposition eurosceptique», entraînant la création d’une «nouvelle réalité à Bruxelles», qui pourrait pousser les partis classiques «à reconsidérer quelques approches».

«Nous espérons que lа prochaine Commission européenne pourrait réexaminer sa relation avec la Russie, précise Alexeï Pouchkov, puisque nous avons toujours souligné que la Commission n’est pas un adversaire pour nous et que nous sommes pour la normalisation de nos relations [avec l’UE, ndlr].»

L’un des projets phares qui subit actuellement des pressions de l’UE et qui suscite des inquiétudes est le gazoduc North Stream 2. Néanmoins, le sénateur pense «que l’influence du Parlement européen sera minime»:

«Le pays clé pour le futur du North Stream 2 est l’Allemagne, affirme Alexeï Pouchkov. Je sais qu’en Allemagne, sous les pressions de l’Europe de l’Est et des USA, apparaissent des politiques critiques envers ce projet.»

Effectivement, après que la chambre basse du Congrès américain ait voté une résolution soutenant l’imposition de sanctions au projet Nord Stream 2, le Parlement européen a adopté le 13 décembre dernier une résolution appelant à l’annulation de la construction du gazoduc. Selon le sénateur russe, pour le moment, les États-Unis «se limitent à la pression politique». Et la question reste ouverte de savoir si oui ou non ils comptent introduire les sanctions secondaires pour les compagnies européennes qui travaillent sur le North Stream 2.

«Nous espérons que l’Allemagne va tenir sa position actuelle —que c’est un projet commercial et non politique.»

D’autant plus qu’il ne reste que deux à trois mois pour finir le gazoduc, dont la finalisation est freinée par le gouvernement danois, qui demande un débat européen sur le projet.

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