Dans un entretien au magazine Le Point, le chef de la diplomatie iranienne a évoqué le rôle de Téhéran au Moyen-Orient, ses rapports avec ses voisins et l’accord nucléaire. Mohammad Javad Zarif a expliqué pourquoi l’idée de l’immense puissance prétendue de l’Iran dans la région était erronée et précisé quelle était sa position à l’égard d’Israël.

Comment l’Iran évalue-t-il lui-même son rôle au Moyen-Orient et comment voit-il l’avenir de l’accord sur le nucléaire? Le Point a parlé avec le ministre des Affaires étrangères de la République islamique. Une des questions soulevées a été les relations avec l’État hébreu: selon Mohammad Javad Zarif, personne en Iran n’a jamais affirmé souhaiter le «détruire», contrairement aux propos bien concrets d’Israël.

«Quand a-t-on dit que nous allions détruire Israël? Amenez-moi une seule personne qui ait déclaré cela. Personne n’a prononcé de telles paroles», a-t-il fustigé.

Quant à l’ex-Président Mahmoud Ahmadinejad, il a rappelé en 2007 que l’imam Khomeini «avait indiqué qu’Israël disparaîtrait des pages du temps. Il n’a pas dit qu’il allait le détruire! Il a souligné qu’Israël, en poursuivant ses politiques, allait subir ce sort», a précisé M.Zarif.Alors que le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu a notamment déclaré, en déplacement vers la centrale de Dimona, où sont fabriquées les armes nucléaires nucléaires, «qu’il détruirait l’Iran», a pointé le ministre.

«Il n’a pas dit que notre pays devait disparaître, mais qu’il allait le détruire. Pourquoi M.Macron n’a-t-il pas réagi à ce moment-là? Pourquoi n’ai-je pas vu une seule personne en France s’élever contre ces propos?», s’est-il interrogé.

Influence de l’Iran au Moyen-Orient

Tandis que certains experts estiment que Téhéran est plus puissant que jamais dans la région, le chef de la diplomatie de la République islamique ne partage en rien cette vision.

«Ces propos sont une erreur. C’est une insulte à la région. Quiconque a déclaré cela s’est trompé. L’une des raisons pour lesquelles l’Iran possède une influence au Moyen-Orient est justement que nous sommes convaincus que ce sont les populations de la région qui doivent détenir le pouvoir. Une deuxième raison est que d’autres ont mené une politique erronée. Nous ne souhaitons contrôler aucune zone», a souligné M.Zarif.

Pour lui, «le problème de notre région est l’Arabie saoudite»:

«Avec le soutien des États-Unis, de la France et de l’Angleterre, elle œuvre pour faire disparaître l’Iran du Moyen-Orient, ou tout du moins le mettre de côté. Partout où elle agit, l’Arabie n’est motivée que par son hostilité envers l’Iran. Or cette politique n’a donné aucun résultat.»Ce qui arrive à la région est la conséquence «des actes de Riyad» plutôt que des actions iraniennes, a poursuivi le diplomate. «En ce qui nous concerne, nous sommes arrivés il y a très longtemps à la conclusion que nous ne pouvions pas faire disparaître l’Arabie saoudite du Moyen-Orient. Il s’agit d’une puissance régionale qui ne peut être supprimée. Nous n’avons jamais cherché à éliminer quelque pays que ce soit. Au contraire, ce sont les Saoudiens qui cherchent à nous nuire, mais, comme ils n’y arrivent pas, ils nous accusent d’expansionnisme.»

Accord nucléaire: retrait US et sanctions

Certes, les mesures restrictives imposées par les États-Unis en novembre, quelques mois après le retrait du pays de l’accord sur le nucléaire iranien, on «un effet négatif sur la vie des gens. Mais il est toutefois bien moins important que ce que la population redoutait», a expliqué M.Zarif.Selon lui, en imposant les sanctions, les Américains suivaient des buts précis: «mettre la population sous pression» et «changer nos politiques», objectifs auquels «ils n’arriveront jamais».

L’Europe peut-elle sauver l’accord nucléaire?

L’Europe possède un rôle important, a reconnu M.Zarif. Mais certains pays européens veulent «nager sans se mouiller», ce qui est «impossible». De plus, ils n’ont pas encore concrétisé leur engagement et cela fait penser à «un nombre grandissant de personnes» en Iran «que l’Europe n’est pas un partenaire digne de confiance».

«Si vous souhaitez conserver l’indépendance de l’Europe pour l’avenir, il faut être prêt à investir pour cela, quitte à en payer un peu le prix. Pour ma part, je pense que la France, l’Allemagne et les autres pays européens arriveront tôt ou tard à cette conclusion. Mais vous devez vous poser une question. Aujourd’hui, l’Amérique vous exhorte à ne plus avoir de relations avec l’Iran. Mais si, demain, elle vous demandait de couper les liens avec la Chine? Puis avec la Russie? Seriez-vous prêts à ce que votre avenir et celui de vos enfants se décident à Washington?»«Je pense que les Européens ont fait des efforts, mais qu’ils ne sont pas prêts à payer un certain prix. Ils veulent nager sans pour autant se mouiller», a-t-il résumé.

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