Nicolas Maduro va commencer jeudi son second mandat présidentiel à la tête du Venezuela. Mais il commence sous des auspices négatives pour un régime soupçonné d’illégitimité. Le grand isolement international se conjugue avec la pire crise économique de son histoire récente.

Nicolas Maduro, 56 ans, prêtera serment devant le Tribunal suprême électoral (TSJ), et non devant le Parlement, la seule institution aux mains de ses opposants, après sa réélection le 20 mai dont les résultats sont contestés par l’opposition et une partie de la communauté internationale. L’Union européenne a une nouvelle fois appelé mardi à des élections « libres » au Venezuela. « Nous considérons que l’élection présidentielle (de 2018) n’a été ni libre, ni crédible. L’UE demande une nouvelle élection, libre et juste », a déclaré la porte-parole de la diplomatie européenne, Maja Kocijancic.

La pression des voisins

La semaine dernière, 13 des 14 pays du groupe de Lima -des Etats d’Amérique centrale et du Sud ainsi que le Canada, le Mexique ne s’étant pas joint à eux, avaient déjà exhorté le président socialiste à renoncer à son deuxième mandat et à transférer les pouvoir au Parlement. Un encouragement à faire un coup d’Etat, a dénoncé Caracas. Ce nouveau mandat coïncide également avec l’entrée dans ses fonctions au Brésil du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui devrait prendre la tête d’une coalition régionale, soutenue par les Etats-Unis, pour s’opposer à un régime qu’il qualifie de « dictatorial ». « Je ne pense pas qu’il y aura une rupture massive des relations, mais une dégradation importante du niveau » de celles-ci, estime l’expert en relations internationales Mariano de Alba.

Les analystes s’attendent notamment à une augmentation de la pression internationale sur Nicolas Maduro. Jeudi, quand il sera investi, l’Organisation des Etats américains (OEA) aura une session extraordinaire sur la situation au Venezuela. Le Pérou a annoncé que le président vénézuélien et plusieurs membres de son gouvernement étaient désormais interdits d’entrée sur son territoire, tandis que Washington a annoncé de nouvelles sanctions financières contre des personnalités et des entreprises au Venezuela.

Débâcle économique

« Quiconque ne reconnaît pas la légitimité des institutions vénézuéliennes recevra une réponse réciproque et opportune et nous agirons très fermement », a mis en garde lundi Nicolas Maduro qui, au moment de fêter les 20 ans de la « Révolution bolivarienne » déclenchée par l’ex-président Hugo Chavez (1999-2013), se dit plus fort et légitime que jamais. Il a reçu mardi l’appui de l’armée qui a exprimé « son soutien inconditionnel et sa loyauté absolue au citoyen Nicolas Maduro en tant que président constitutionnel », selon un communiqué du haut-commandement lu par le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino.

Mais le panorama est des plus sombres pour un pays jadis prospère, qui se retrouve non seulement isolé mais ruiné. L’hyperinflation a atteint 1.350.000 % en 2018 et la population est épuisée par les pénuries. « Le Venezuela ne va pas changer avec Maduro à la présidence, on ne trouve pas de médicaments, les gens ont faim », a déploré auprès de l’Agence France-Presse Gleidimir Peña, 23 ans, décidé à émigrer au Pérou. Car l’exode le plus massif de l’histoire récente de l’Amérique latine ne devrait pas s’arrêter : l’ONU estime que 2,3 millions de Vénézuéliens ont déjà fui leur pays depuis 2015 et prévoit que ce chiffre grimpe à 5,3 millions en 2019. Face à l’écroulement de la production de pétrole du Venezuela, qui dispose pourtant des plus grandes réserves du monde de cet hydrocarbure (3,2 millions de barils/jour en 2008 contre 1,17 million aujourd’hui), Nicolas Maduro a invité ses alliés à investir, non seulement dans le brut, mais aussi dans l’or, le diamant et le coltan.

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