Il neige à Bucarest, le paysage est féérique et la crème des institutions européennes est là pour les cérémonies qui accompagnent le début de la présidence tournante de l’Union européenne que la Roumanie doit assurer pendant six mois.

Tout a été préparé pour que les événements officiels se passent bien. Mais il y a un bémol : les tensions au sujet de la corruption qui ont divisé la classe politique et l’opinion publique. Le gouvernement social-démocrate a tenté à plusieurs reprises de limiter les pouvoirs des magistrats en vue de blanchir son leader Liviu Dragnea, condamné à deux reprises à la prison : en 2016 à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale, et en 2018 à de la prison ferme pour trafic d’influence, condamnation qu’il a contestée en appel. « Ce sont des condamnations politiques, a-t-il répété à plusieurs reprises. Je suis innocent. »

Liviu Dragnea, président de la Chambre des députés, dirige le gouvernement dans l’ombre. Ses condamnations pénales l’ont empêché d’accomplir son rêve de devenir Premier ministre. Ses tentatives visant à blanchir son casier judiciaire grâce à une amnistie se sont heurtées à l’opposition du président libéral d’origine allemande Klaus Iohannis et à la réaction virulente de la rue qui a été le théâtre de plusieurs manifestations anticorruption. Et les malheurs du chef de file des sociaux-démocrates sont loin d’être terminés. Il fait également l’objet d’une enquête dans laquelle il est accusé par l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) de Bruxelles d’avoir détourné 21 millions d’euros de fonds européens. En septembre 2016, l’Olaf avait demandé à l’UE de récupérer la totalité des 21 millions d’euros destinés à un projet de construction de routes.

Procès contre la Commission

Mercredi 9 janvier, Liviu Dragnea n’a rien trouvé de mieux que d’intenter un procès contre la Commission européenne auprès de la Cour de justice de l’UE. Il la poursuit en tant qu’autorité de tutelle de l’Olaf, organisme qui enquête sur les fraudes concernant le budget européen. Assumer la présidence de l’Union européenne et accuser la Commission de Bruxelles est une contradiction qui semble échapper au gouvernement. « La Roumanie est prête à gérer la présidence de l’UE du point de vue technique, a déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Mais je crois que le gouvernement de Bucarest n’a pas vraiment compris ce que c’est que de présider les pays de l’UE. »

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