Une intellectuelle connue, Nadia El-Mabrouk, a récemment été écartée d’un colloque au Québec pour ses positions en faveur de la laïcité. Annie-Ève Collin, professeur au niveau collégial, déplore cette situation. Elle a confié être elle-même victime de harcèlement psychologique en raison de ses opinions politiques.

Un professeur de l’Université de Montréal a récemment été écarté de la programmation d’un important colloque dans la métropole québécoise. En effet, il est reproché à Nadia El-Mabrouk d’avoir pris position pour la laïcité de l’État et critiqué l’idéologie de genre, un courant de pensée qui ne reconnaît pas l’existence de deux sexes distincts. Mme Mabrouk était censée participer au grand colloque de l’Alliance des professeurs qui se tiendra les 18 et 19 février prochains. Précisons que le Québec n’est toujours pas doté d’une véritable politique en matière de signes religieux.

Les membres de l’Alliance des professeures de Montréal ont voté majoritairement en faveur de l’exclusion de Mme El-Mabrouk. Pour certains, la laïcité serait une politique xénophobe visant à exclure les gens de confession musulmane de la fonction publique. Le professeur a aussi été exclu d’une table ronde sur la question du féminisme.La nouvelle tombée, elle a rapidement fait le tour des médias au Québec, suscitant l’indignation dans plusieurs milieux, à tel point que le syndicat a été forcé de revenir sur sa décision et de réinviter Mme Mabrouk.

Exclue d’un colloque: le syndicat se ravise sous la pression

Pour le professeur de niveau collégial Annie-Ève Collin, cette nouvelle affaire révèle l’intolérance de certains groupes vis-à-vis d’idées jugées controversées. Mme Collin enseigne à Montréal et vient tout juste de publier un chapitre dans un ouvrage collectif traitant de la liberté d’expression dans un cadre académique. Ce livre est intitulé Liberté surveillée et a été publié sous la direction du philosophe Normand Baillargeon.

Mme Collin dit s’identifier à l’histoire de Nadia El-Mabrouk, car elle aurait également subi le même genre de traitement. Elle estime que son milieu de travail reste assez ouvert aux opinions divergentes, mais déplore le comportement de certains militants qui n’appartiennent pas au milieu de l’éducation. Ces personnes utiliseraient les réseaux sociaux pour contrôler le contenu des cours donnés au collège et à l’université.

«Certains militants politiques voudraient que l’on nous empêche d’enseigner parce que nous n’aurions pas la bonne ligne idéologique. Ironiquement, ces gens voudraient qu’on perde notre emploi dans l’enseignement pour des positions qu’on exprime en dehors du travail, mais trouvent inacceptable qu’on demande aux enseignants de ne pas afficher leurs convictions religieuses quand ils se trouvent dans leurs classes, sur leur milieu de travail», a affirmé le professeur.

Annie-Ève Collin a confié que des groupes avaient plusieurs fois essayé de lui faire perdre son emploi en contactant son employeur pour parler d’elle négativement. C’est pourquoi elle a préféré taire le nom du collège où elle enseigne à Montréal. Son opposition au port de signes religieux dans la fonction publique explique en bonne partie l’attitude de certains groupes envers les enseignants aux positions laïques. Son histoire et celle de Nadia El-Mabrouk ne seraient pas des cas isolés.

«Ça fait deux ans que j’ai des militants sur le dos. Ces militants ne sont ni mes collègues, ni des élèves, ni des patrons. Ce sont des militants qui ne me connaissent pas personnellement. […] Ils ont essayé plusieurs fois de convaincre mes patrons de me susprendre ou de me renvoyer, parce que je suis pour la laïcité, parce que je suis contre le port du voile islamique dans la fonction publique», a déclaré le professeur.

Annie-Ève Collin constate aussi que sa critique de l’idéologie de genre lui vaut des insultes et des menaces sur les réseaux sociaux. Un type de harcèlement psychologique avec lequel elle doit composer au quotidien. Mme Collin se dit féministe, mais n’est pas entièrement d’accord avec certaines positions féministes. Il y aurait donc une seule bonne manière d’aborder les droits des femmes, ce qui aurait pour effet d’empêcher tout réel débat. Au cœur du problème: la question transgenre, qui serait devenue la principale préoccupation des féministes médiatisées dans la Belle Province.

«Je me fais souvent insulter sur les réseaux sociaux. On me traite de transphobe, de raciste et de déchet humain. Déchet humain est l’insulte qui revient le plus souvent. On me dit que je suis méchante envers les minorités, que je suis une honte pour l’humanité. Certaines militantes féministes me font des remarques sur mon physique. C’est ça qui est le plus drôle: ce sont des militantes féministes qui répliquent à une femme en faisant des remarques sur son physique», a ajouté Annie-Ève Collin.

La question de la liberté d’expression dans le milieu de l’éducation semble être un sujet de plus en plus délicat au Québec et au Canada. Des politiciens commencent d’ailleurs à soulever cette question. En août 2018, le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé qu’il s’attaquerait à la censure sur les campus universitaires. Des mesures concrètes n’ont toutefois pas encore été prises.

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