Les États-Unis ont inauguré la fabrication de têtes nucléaires à faible rendement pour les missiles Trident, rapporte The Guardian qui cite un courrier électronique de la National Nuclear Security Administration (NNSA).

La nouvelle arme, la W76-2, est issue d’une modification de la tête nucléaire actuelle du Trident. Selon la NNSA, les premiers lots sont sortis de la chaîne de production et un certain nombre d’entre eux, dits à « capacité opérationnelle initiale », seront prêts à être livrés avant fin septembre.

D’après Stephen Young, haut représentant d’Union of Concerned Scientists à Washington, pour créer la W76-2, le rendement de la W76 a vraisemblablement été réduit en lui enlevant l’un de ses deux étages.

« Le mieux que l’on puisse dire, c’est qu’il suffit de remplacer la partie secondaire existante, ou deuxième étage, par une variante neutre, comme cela se fait chaque fois pour le test de missile, » a déclaré Young, qui a noté qu’il y a aussi la possibilité de réglage au niveau du tritium, l’isotope d’hydrogène. [NdT : En fait, ils ne laissent que la petite bombe A servant à amorcer la réaction de fusion de la bombe H.]

Le résultat est que le rendement est réduit de 95%. Il passe de 100 kilotonnes de TNT à environ cinq kilotonnes, soit environ un tiers de la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima.

w76-2

Selon l’administration Trump, le faible rendement de la bombe A rendra moins probable la guerre nucléaire, parce que les États-Unis auront une force de dissuasion plus souple. La W76-2 aurait la capacité de faire comprendre à l’ennemi (en particulier aux Russes, selon The Guardian) que les États-Unis éviteraient d’utiliser leur énorme arsenal nucléaire pour riposter à une petite attaque nucléaire similaire, parce que leurs armes nucléaires existantes sont dans la gamme des centaines de kilotonnes, et sont « trop puissantes pour servir » sans provoquer d’énormes pertes civiles.

Les bombes A à faible rendement « aident à assurer que l’adversaire potentiel réalise qu’il n’y a aucun avantage possible dans l’escalade nucléaire limitée, ce qui rend moins probable l’emploi du nucléaire, » lit-on dans la posture nucléaire révisée de 2018.

Les critiques font remarquer que ce discours insensé part du principe qu’il n’est entaché d’aucune erreur de jugement.

« Il y a de nombreux autres scénarios, en particulier avec un président fier de son imprévisibilité et qui a littéralement demandé : « Pourquoi ne pouvons-nous pas utiliser nos armes nucléaires ? », » a dit Stephen Young.

En parallèle, Melissa Hanham, de la fondation One Earth Future, remarque que l’ennemi n’aurait aucun moyen de savoir si les États-Unis tirent le Trident à grosse ou petite tête.

Hé ! vous là-bas, toutes les puissances nucléaires. Nous allons simplement partir du principe que vous devinerez qu’il ne s’agit que d’une arme nucléaire chétive, et que vous ne répliquerez pas avec tout ce que vous avez.

Sachez-le ! Les États-Unis n’ont que l’intention de vous attaquer un petit peu.

Hans Kristensen, directeur de la communication de l’information nucléaire à la Federation of American Scientists, a déclaré que la nouvelle ogive nucléaire marquait une brusque rupture dans la politique de l’administration Obama, consistant à ne pas fabriquer de nouvelles armes ni de nouvelles capacités. Il a ajouté que la Russie risque de lancer une course aux armements impliquant des armes nucléaires plus faibles.

« Dans quelle mesure cela indique-t-il la nouvelle volonté des États-Unis de commencer à utiliser des armes nucléaires stratégiques de manière tactique et très limitée au début d’un conflit potentiel ? », a demandé Kristensen. « Franchement, ma plus grande inquiétude à ce sujet, serait que la mission dérape progressivement.

Il y a eu une série de développements indiquant qu’une nouvelle course aux armements s’accélère. Vladimir Poutine a dévoilé une nouvelle génération d’armes russes, et la Russie est suspectée de développer un missile de croisière interdit dans le cadre du traité de 1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI).

Trump a déclaré qu’il retirerait les États-Unis du traité, et il est prévu que l’administration devrait cesser d’en respect les dispositions et signifier son préavis de retrait de six mois samedi. – The Guardian

La révision des armes nucléaires ordonnée par l’administration Trump, part d’un plan de modernisation ambitieux déjà en cours, et rend obligatoire un nouveau missile de croisière lancé depuis les sous-marins.

La révision indique que les États-Unis pourraient utiliser des armes nucléaires contre « d’importantes attaques stratégiques non nucléaires », même contre la « population ou les infrastructures civiles. » Cette démarche exige aussi de renforcer et d’intégrer « le programme nucléaire et le non nucléaire. »

Les démocrates pourraient limiter le programme

Bien que le premier lot d’armes nucléaires à bas rendement soit sorti de la chaîne de production, les démocrates, qui viennent juste de prendre le pouvoir à la Chambre, pourraient limiter le programme.

« Je ne pense pas que nous ayons besoin de tous ce dont ils parlent », a déclaré le démocrate Adam Smith, nouveau président du Comité des forces armées de la Chambre. « Je ne pense tout simplement pas que nous puissions nous permettre ce que le NPR exige, je ne pense pas que ce soit nécessaire. »

Le budget des armes nucléaires sera vraisemblablement un grand champ de bataille dans la lutte entre Trump et les démocrates du Congrès. Le président s’entoure de plus en plus de faucons nucléaires de l’ère Reagan, en particulier John Bolton, son conseiller à la sécurité nationale, qui a préconisé l’abandon du traité FNI. Le nouvel adjoint de Bolton, Charles Kupperman, a déjà soutenu que la guerre nucléaire pouvait être gagnée « au sens classique du terme », si l’un des camps apparaissait le plus fort, même s’il y avait des dizaines de millions de victimes. – The Guardian

La semaine dernière, l’ancien secrétaire à la Défense, William Perry, a dit aux journalistes qu’il s’inquiétait moins de la quantité d’ogives nucléaires qu’il restait dans le monde, que du retour du discours prétendant que ces armes sont « utilisables ».

« La croyance en ce qu’il pourrait y avoir avantage tactique à utiliser les armes nucléaires – chose dont je n’ai pas entendu dire qu’elle avait été débattue publiquement aux États-Unis ou en Russie depuis de nombreuses années – arrive à présent dans ces pays. À mon avis, c’est extrêmement inquiétant », a dit Perry en ajoutant, « Cette croyance est très dangereuse. »

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