L’étau se resserre autour de Justin Trudeau. De nouveaux documents, transmis par l’ex-ministre canadienne de la Justice Jody Wilson-Raybould à l’origine de la pire crise politique du mandat du Premier ministre, ont été publiés vendredi 29 mars.

 

Parmi eux, appuyant ses accusations d’ingérence politique pour éviter un procès à la société canadienne SNC-Lavalin.

L’ancienne ministre a fourni à une commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’affaire une quarantaine de pages de documents, parmi lesquels une conversation téléphonique avec le plus haut fonctionnaire du Canada, qu’elle a enregistrée à l’insu de ce dernier.

Dans cet enregistrement, qui a été rendu public, le chef des fonctionnaires Michael Wernick, proche du Premier ministre Trudeau, assure qu’il « va vouloir parvenir à ses fins d’une façon ou d’une autre », selon une retranscription de la conversation. Il précise que celui-ci « veut que le gouvernement fasse tout en son pouvoir pour éviter la perte de 9 000 emplois », l’effectif canadien du géant du BTP.

Peu après, Jody Wilson-Raybould rétorque que la conversation « est absolument inappropriée et que cela constitue de l’ingérence politique ».

« Des menaces voilées »

L’ancienne ministre avait déjà cité des extraits de cette conversation téléphonique lors d’une déposition de quatre heures qu’elle avait faite le 27 février devant cette même commission parlementaire.

Le Premier ministre et son entourage sont confrontés depuis près de deux mois à une grave crise politique après avoir été accusés par l’ex-ministre d’avoir exercé sur elle des pressions « inappropriées » et des « menaces voilées » pour éviter un procès à SNC-Lavalin, poursuivi pour corruption en Libye.

« Il ne s’agit pas de sauver des emplois, il s’agit de faire ingérence dans les affaires d’une de nos institutions fondamentales… cela revient à violer le principe constitutionnel de l’indépendance judiciaire », dénonce-t-elle.

Jody Wilson-Raybould, qui parle avec assurance et éloquence dans l’enregistrement d’une durée de 17 minutes, a précisé dans une note adjointe que celui-ci ne devait lui servir que « d’aide-mémoire » en l’absence d’un employé pour prendre des notes de la conversation.

L’ancienne ministre de la Justice avait été rétrogradée au poste de ministre des Anciens combattants lors d’un remaniement début janvier, avant de démissionner mi-février. Elle estime que cette rétrogradation est la conséquence de son refus de céder aux pressions présumées du Premier ministre.

Des défections en série

Justin Trudeau a démenti être intervenu de manière « inappropriée » auprès de son ancienne ministre de la Justice mais a admis avoir de « nombreuses leçons à tirer » de l’affaire SNC-Lavalin.

Le chef du gouvernement canadien a assuré avoir seulement demandé à l’ex-ministre de chercher un avis juridique externe sur l’opportunité de conclure avec SNC-Lavalin un accord à l’amiable, comme la loi l’y autorise, afin de lui éviter une condamnation pénale qui compromettrait son avenir.

En l’espace de quelques semaines, quatre proches du Premier ministre ont quitté leur poste : la ministre de la Justice et la ministre du Budget, Michael Wernick qui a annoncé prendre sa retraite, et un proche conseiller de Justin Trudeau.

Cette crise politique qui secoue le gouvernement Trudeau survient à quelques mois d’une élection législative, prévue en octobre, à l’issue incertaine pour le parti Libéral au pouvoir.

Un sondage publié jeudi place le parti de Justin Trudeau, crédité de 28 % d’intentions de vote, près de 10 points derrière l’opposition conservatrice (37 % d’intentions de vote), selon l’institut Angus Reid.

« Ces documents et enregistrements sont des preuves concrètes qui démontrent que Justin Trudeau a mené une campagne pour faire de l’ingérence politique dans la poursuite criminelle de SNC-Lavalin », a réagi le chef du parti Conservateur, Andrew Scheer.

« Le Premier ministre a perdu l’autorité morale de gouverner et il doit démissionner », a-t-il poursuivi.

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