Le 28 mars, l’Allemagne a décidé jeudi de prolonger l’interdiction de ventes d’armes à l’Arabie saoudite, au grand dam de la France et du Royaume-Uni. Car cet embargo affecte aussi des projets européens communs.

Six mois de plus. L’Allemagne a décidé, jeudi 28 mars, de prolonger jusqu’au 30 septembre l’interdiction d’exporter des armes vers l’Arabie saoudite. Berlin avait appliqué cette doctrine après la révélation du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien en Turquie, le 2 octobre 2018.

La coalition gouvernementale a longtemps hésité ces dernières semaines, tiraillée entre la CDU (le parti de centre-droit de la chancelière Angela Merkel), favorable à une reprise des exportations pour le bien-être des entreprises allemandes, et le SPD (les sociaux-démocrates) qui veut maintenir l’embargo en vertu du respect des droits de l’Homme. Surtout, l’Allemagne fait l’objet d’une intense pression de la France et de la Grande-Bretagne, agacées par cette interdiction allemande.

L’ambassadrice de France en Allemagne, Anne-Marie Descôtes, a même affirmé que la position allemande menaçait l’Europe de la défense, mardi 26 mars. « La question des exportations d’armements est souvent traitée en Allemagne avant tout comme un sujet de politique intérieure – mais elle a des conséquences lourdes pour notre coopération de défense bilatérale et pour la construction de la souveraineté européenne », lâche cette diplomate, qui rompt son traditionnel devoir de réserve en publiant une longue tribune sur le site de l’influent Institut fédéral des hautes études de sécurité, qui dépend du ministère allemand de la Défense.

Le problème pour Paris, comme Londres, est que l’interdiction de ventes d’armes édictée par Berlin ne concerne pas seulement le matériel militaire 100 % « made in Germany », mais a aussi une influence sur des projets européens communs comme l’hélicoptère Eurofighter ou l’avion de combat Tornado. Il suffit qu’une « faible partie du système (par exemple un joint, des roulements à bille ou des boîtes de vitesse) » provienne d’Allemagne pour que Berlin bloque ou retarde une vente si le destinataire est engagé dans la guerre au Yémen, déplore Anne-Marie Descôtes. L’embargo allemand aurait ainsi déjà couté au moins deux lucratifs contrats à la France, d’après le quotidien La Tribune. L’un concernait la vente de missiles air-air (dont le système de propulsion est allemand), et l’autre une livraison de blindés équipés de boîtiers de vitesse germaniques, à destination de l’Arabie saoudite, entre autres.

La France et le Royaume-Uni critiquent déjà depuis un certain temps la position allemande. Sans citer Berlin, le président français Emmanuel Macron avait déploré, dès octobre 2018, la « démagogie » des pays qui, sous le coup de « l’emportement, l’émotion, la confusion de tous les sujets », décidaient d’interdire la vente des armes à Riyad à la suite de l’assassinat de Jamal Khashoggi. Tout en dénonçant le meurtre, la France n’a jamais arrêté de fournir du matériel militaire à l’Arabie saoudite, qui lui en avait acheté pour 1,38 milliard d’euros en 2017. Cette position a valu à Paris de vives critiques de la part d’associations de défenses des droits de l’Homme, qui craignent que des armes françaises soient utilisées contre des civils au Yémen.

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