La Belgique a officiellement présenté aujourd’hui ses excuses pour les «injustices» subies par les milliers d’enfants métis nés en Afrique de père belge pendant la période coloniale, et arrachés à leurs mères, congolaises, rwandaises et burundaises, pour être placés à l’écart de la population.

«Au nom du gouvernement fédéral belge, je présente nos excuses aux métis issus de la colonisation belge et à leurs familles pour les injustices et les souffrances qu’ils ont subies», a déclaré le premier ministre, Charles Michel, devant la Chambre des représentants. «Je souhaite aussi exprimer notre compassion envers les mamans africaines, dont les enfants leur ont été arrachés», a ajouté le dirigeant libéral francophone, disant souhaiter que «ce moment solennel soit une étape supplémentaire vers une prise de conscience de cette partie de notre histoire nationale».

Le discours de Charles Michel a été longuement applaudi par des membres de l’association «Métis de Belgique» venus sur place l’écouter. Pour François d’Adesky, cofondateur de l’association, né en 1946 d’un père belge employé d’une société minière et d’une mère rwandaise, ces excuses de l’Etat belge sont «un événement historique».

Selon François d’Adesky, entre 14.000 et 20.000 enfants métis sont nés dans ces trois pays de liaisons entre des colons et des femmes «indigènes». La plupart n’étaient pas reconnus par leur père et ne devaient se mêler ni aux Blancs ni aux Africains, ce que Charles Michel a qualifié de «ségrégation ciblée». Ils se retrouvaient placés à l’écart de la population dans des orphelinats et des pensionnats. Entre 1959 et 1962, un millier d’entre eux ont été rapatriés en Belgique dans des conditions controversées, séparés de leur mère, mais aussi de leurs frères et sœurs.

«La répartition des enfants métis sur l’ensemble du territoire de la Belgique s’est effectuée en séparant les fratries et a entraîné des pertes d’identité dues aux différents changements de prénoms, de noms, de dates de naissance», a dit aujourd’hui le premier ministre. Déplorant «une politique d’enlèvements forcés», il a évoqué aussi leur «extrême difficulté» à reconstruire ensuite leur vie en Belgique, et à être reconnus comme citoyens belges, faute de reconnaissance par le père. Seuls 10% de ces enfants métis étaient reconnus par leur père, selon François d’Adesky. Lui-même dit avoir eu la chance d’être dans ce cas et de compter parmi les premiers revenus en Belgique, dans les années 1950. «Mais ma mère a dû rester au pied de l’avion, je ne l’ai revue que 23 ans après», a-t-il raconté à l’AFP.

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