Certaines ont obtenu leur place au forcing: pas moins de 12 têtes de liste lancent la campagne des européennes jeudi soir sur France 2, mais la joute pourrait tourner au chahut vu le peu de temps qu’elles auront pour exposer leurs propositions sur l’Europe.

La chaîne publique n’avait invité au départ que sept têtes de listes en vue du scrutin du 26 mai.

A Manon Aubry (LFI), Jordan Bardella (RN), François-Xavier Bellamy (LR), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Raphaël Glucksmann (liste commune Place publique-PS), Yannick Jadot (EELV), et Nathalie Loiseau (LREM) se sont ajoutés Ian Brossat (PCF) et Jean-Christophe Lagarde (UDI), qui avaient vivement protesté de n’avoir pas été conviés.

Puis mardi, la chaîne a consenti à accueillir trois autres candidats, Benoît Hamon (Générations), Florian Philippot (Les Patriotes) et François Asselineau (UPR), après une décision de justice ordonnant à France 2 de les inviter ou à défaut de les inclure dans un rendez-vous similaire.

Le tribunal administratif a considéré que leur absence portait atteinte au pluralisme. La chaîne a donc choisi d’intégrer les plaignants au débat mais elle a fait appel estimant que le jugement portait « une atteinte grave à la liberté de la presse ». Le Conseil d’Etat tranchera jeudi matin.

« Boîte de Pandore »

Cette décision judiciaire a « ouvert une boîte de Pandore », a déploré dans Ouest-France Michel Dumoret, rédacteur en chef de « L’Emission politique », qui organise le débat.

Le parti animaliste a ainsi été débouté d’un référé similaire, pendant que le député Jean Lassalle et le « gilet jaune » Jean-François Barnaba ont fait savoir qu’ils avaient demandé à France Télévisions d’être invités.

« A 12, ça complique un peu les choses », admet-on dans l’entourage de Nicolas Dupont-Aignan, tout en jugeant « légitime » d’inviter tous les candidats. Le candidat avait lui-même saisi le Conseil d’Etat lors la présidentielle pour n’avoir pas été invité à un débat sur TF1, sans obtenir gain de cause.

Une autre tête de liste souligne le risque que les plus petits soient « noyés » dans les échanges.

Dans les sondages, les listes LREM et RN sont au coude-à-coude, à environ 22 % des intentions de vote, loin devant les autres partis, dont plusieurs peinent à dépasser les 2 %.

Chaque participant ne disposera au total que de 12 à 13 minutes de temps de parole, au lieu de 15, sur deux heures d’émission. Alix Bouilhaguet, rédactrice en chef, regrette qu’il y ait « moins de place pour l’éditorial » mais promet de « faire en sorte que ce ne soit pas une succession de déclarations, pour (…) garder le jeu de ping pong entre les participants ».

« Années 30 »

L’émission s’articulera autour de deux thèmes: sur l’Europe et ses frontières/la gouvernance, puis l’Europe fiscale/ l’environnement, l’économie.

« On a mis de l’oxygène dans le débat », s’est félicité Florian Philippot, seul candidat à proposer, avec l’UPR, que la France sorte de l’UE (Frexit).

L’ancien bras droit de Marine Le Pen ne manquera pas de se distinguer de Jordan Bardella, qui n’entend plus sortir de l’euro, mais aussi de François Asselineau, qui accuse déjà son concurrent de « diviser ».

Jordan Bardella s’est préparé avec l’eurodéputé Nicolas Bay, après s’être emmêlé les pinceaux sur RTL sur les votes de son parti à Strasbourg.

Nathalie Loiseau donne le ton dans une tribune, publiée par Libération avec l’écologiste Pascal Canfin, « Quelles années 30 voulons-nous ? », en opposant une Europe des nationalistes « qui se fragmente » à une Europe qui « tire la mondialisation vers le haut » notamment sur le climat.

François-Xavier Bellamy lui « ne croit pas que (l’) ennemi soit le populisme » ou le Brexit mais « tout ce qui a produit le Brexit ».

La télévision réunira-t-elle la gauche ? Pourtant rivaux, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, chef de LFI, se sont défendus l’un l’autre, sur Twitter, de pouvoir participer à tous les débats télévisés, à l’approche d’une joute le 10 avril qui fait aussi polémique.

Mais sur le plateau, Benoît Hamon, Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann, qui étaient main dans la main à la présidentielle, se retrouvent adversaires, au risque de désorienter leurs électeurs.

Le débat sera un test pour des novices comme Manon Aubry. Un député insoumis attend d’elle un discours « tranchant car beaucoup risquent de dire la même chose » jeudi.

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