Poussées par des vents porteurs et des sondages souvent flatteurs, les droites extrêmes et populistes européennes entrent en campagne, sans présenter à ce stade de front uni ou de stratégie commune.

Première à entrer en scène, samedi: l’extrême droite allemande, Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a bouleversé depuis 2015 le paysage politique allemand. Ses dirigeants, réunis samedi à Offenburg (Bade-Wurtemberg, sud), ont lancé leur campagne pour les élections européennes.

« Cette campagne pour les Européennes est une campagne sur l’identité », a estimé à la tribune un des dirigeants de l’AfD, Alexander Gauland. « L’Union européenne n’est pas un Etat, elle n’a pas besoin de parlement mais tant que le Parlement existe, nous voulons avoir de l’influence », a-t-il lancé.

L’AfD espère confirmer sa percée, longtemps impensable, avec des sondages qui la placent à 10 %, même si les intentions de vote sont en baisse depuis quelques mois. Dans les Länder d’ex-Allemagne de l’Est, elle espère attirer un électeur sur 4.

En dépit de scandales financiers qui l’éclaboussent, elle continue de surfer sur les inquiétudes générées par l’ouverture en 2015 des frontières par Angela Merkel à plus d’un million de demandeurs d’asile.

Leadership

Lundi à Milan, ce sera au tour du ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, patron d’une Ligue donnée dans les sondages à plus de 30 %, de réunir des alliés européens. L’objectif ? Poser les bases d’un grand groupe dans le futur Parlement européen afin de peser sur les choix de la Commission.

Dans l’assemblée sortante, les souverainistes étaient en effet divisés en trois entités (ENL, EFDD et CRE).

La Ligue, membre du groupe Europe des nations et des libertés (ENL), veut ainsi tendre la main notamment aux Vrais finlandais et au Parti populaire danois, membres du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE).

La tête de liste de l’AfD, Jörg Meuthen, sera aussi présent à Milan, mais pas Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national français, qui espère arriver en tête en France le 26 mai.

Mme Le Pen et M. Salvini ont eu une « rencontre cordiale » vendredi, selon la Ligue, et devraient participer à une « manifestation commune » en mai.

Mais en réalité, les deux personnalités se disputent le leadership de l’extrême droite européenne.

La dirigeante du RN va ainsi tenter elle aussi de nouer de nouvelles alliances avec des partis nationalistes en se rendant tour à tour dans les prochaines semaines en République tchèque, Belgique, où elle s’entretiendra avec les dirigeants du Vlaams Belang, puis en Slovaquie.

Malgré d’évidentes similitudes – euroscepticisme, islamophobie -, l’union de toutes ces forces ne va pas de soi.

Comme le relève M. Meuthen, ces partis à travers l’Europe « ont des positions identiques ou similaires dans la politique migratoire, mais très différentes dans d’autres domaines ».

Entre l’AfD, adepte de l’économie de marché, et la vision protectionniste du Rassemblement national, bien moins libéral que la Ligue ou le Fidesz hongrois, l’écart est grand.

De même, la Ligue ou le PiS polonais mettent en avant les racines chrétiennes de l’Europe, quand le RN, au nom de la laïcité, n’en fait pas une priorité.

Même sur la politique migratoire, des divergences profondes existent entre la Ligue, favorable à une répartition des demandeurs d’asile à travers l’Europe, et le RN ou l’AfD qui s’y opposent.

Du coup ces partis ont plutôt tendance à tenter de débaucher de nouveaux alliés pour renforcer leur propre groupe.

Les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) l’ont compris. Malgré ses multiples provocations, le Premier ministre hongrois Viktor Orban n’a pas été exclu mais suspendu pour éviter qu’il n’aille renforcer un groupe souverainiste.

Psychodrame

Si les lignes risquent de bouger au Parlement européen, le tsunami nationaliste longtemps redouté par nombre d’observateurs ne devrait pas avoir lieu.

Les résultats cumulés des souverainistes devraient représenter un cinquième de l’assemblée, peu ou prou la même proportion qu’actuellement, selon une projection réalisée à partir de sondages nationaux et présentée en février par le Parlement européen.

Le psychodrame du Brexit offre de surcroît un fâcheux exemple de sortie de l’UE. Echaudés, bien des souverainistes se gardent désormais de s’en réclamer, comme Marine Le Pen qui a renoncé au « Frexit ».

Il faut toutefois se garder de conclusions hâtives, prévient Sven Hutten, politologue à l’Université libre de Berlin: les turpitudes du Brexit peuvent aussi être utilisées pour « renforcer le sentiment d’une Union européenne qui ne respecte pas la volonté des Etats ni des électeurs ».

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