Quels regards portent les Italiens sur leur Europe ? Certains la décrivent comme « très lointaine », égoïste, particulièrement incapable de comprendre les aspirations des citoyens.

Malgré ce faible engouement pour les élections européennes, la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, anti-système), au pouvoir depuis les léglislatives de mars 2018, veulent voir grand pour le scrutin du 26 mai. Bien décidés à bousculer l’alternance entre les sociaux-démocrates et le Parti populaire européen (PPE), les partis de la coalition veulent faire mieux que leurs 5 et 17 sièges respectifs.

Pour courtiser leurs électeurs, l’exécutif italien a adopté deux décrets : l’avancement de l’âge de la retraite (de 67 à 62 ans), dont le coût est estimé à 40 milliards d’euros sur trois ans, et le revenu minimum de citoyenneté, qui représente 7 milliards par an. Nombre d’observateurs y voient des mesures électoralistes qui risquent fortement de plomber davantage la dette, déjà élevée (131 % du PIB).

La politique migratoire très populaire portée par le ministre de l’Intérieur et leader de la Ligue, Matteo Salvini, lui a permis de devenir l’homme fort du gouvernement à Rome. Depuis les législatives de 2018 en Italie, le rapport de forces entre le M5S, arrivé en tête (32 %), et la Ligue (17 %) a bien changé. Le caractère bouillonnant et volubile de ce Milanais de 45 ans a éclipsé le jeune vice-ministre du Conseil italien, Luigi Di Maio. Eurosceptique de longue date, Matteo Salvini, qui aspire à un « pacte pour l’Europe » fondé sur des valeurs anti-immigration, anti-bruxelles et anti-islamisation, a même été pressenti un temps pour être tête de liste de son groupe Europe des nations et des libertés (ENL), chapeauté par le Rassemblement national de Marine Le Pen (France) et le parti pour la liberté (PVV, Pays-Bas).

Face à lui, le M5S, qui siège dans le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD), va chercher à en prendre la tête, du fait du départ des Britanniques de Ukip. Mais l’inclassable M5S, qui mêle des thématiques d’extrême droite et d’extrême gauche, peine à trouver des soutiens en Europe. D’où l’intérêt pour Luigi Di Maio de courtiser les Gilets jaunes à la frontière, en février 2019.

Plus l’échéance électorale approche et plus les rivalités entre la Ligue et le M5S se font saillantes. Le gouvernement apparaît divisé sur bon nombre de sujets, comme la fiscalité – La Ligue plaide pour une baisse d’impôt, le M5S pour une hausse des dépenses –, ou le tunnel Lyon-Turin – La Ligue y est favorable, pas le M5S. Pour faire diversion, ils ont trouvé un ennemi en la personne d’Emmanuel Macron, qui s’est posé en chef des « progressistes » face aux nationalistes et aux populistes. Matteo Salvini et Luigi Di Maio ont tous deux accusé Paris de se servir du franc CFA pour financer la dette française. Et le volubile Matteo Salvini n’a pas hésité à le qualifier de « très mauvais président » et à appeller le peuple français à se révolter.

Dans ce duel, vient s’immiscer l’inépuisable ancien président du Conseil Silvio Berlusconi (82 ans) qui se présente comme l’homme providentiel pour Forza Italia. Sa formation alliée à La Ligue dans toutes les régions, peine aussi à exister.

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