Les panneaux électoraux pour les élections européennes fleurissent depuis quelques jours dans les rues de Berlin. Tous, à l’exception de ceux des populistes de l’AfD, affichent très clairement les couleurs de l’Europe.

L’Union européenne reste une bonne carte à jouer dans un pays qui y est traditionnellement très attaché. Ni le cauchemar du Brexit, ni les querelles franco-allemandes, ni les crises diverses ne semblent éroder l’enthousiasme des Allemands. Pour preuve, le sondage publié il y a quelques jours par la Commission européenne : 54 % des Allemands font confiance à l’Union européenne. Mieux encore, les députés européens ont davantage la cote que les députés nationaux qui siègent au Bundestag.

Nul doute que les états-majors des partis allemands espèrent, le 26 mai, profiter d’un tel enthousiasme pour faire le plein de voix. En très mauvais état, les sociaux-démocrates misent sur une Europe sociale défendant la protection du travail et un salaire minimum à 12 euros de l’heure (au lieu de 9,19 aujourd’hui). « Ensemble pour rendre l’Europe plus forte », promet leur slogan. C’est la ministre de la Justice de la Grande Coalition, Katarina Barley, qui mène la bataille des européennes. Les derniers sondages créditent le SPD de 17 % des voix. À un mois et demi du scrutin, le parti serait donc en chute libre par rapport aux élections de 2014 où il engrangeait encore 27 % des suffrages.

Les Verts bien placés

La CDU d’Angela Merkel et d’Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente du parti, met elle aussi le paquet sur l’Europe. Elle mise sur la stabilité et la bonne santé économique et rappelle aux jeunes générations que « la paix n’est pas une évidence ». La photo qui illustre ce slogan montre à gauche le Reichstag en ruine en 1945, à droite le Bundestag aujourd’hui, reconstruit avec sa coupole et un jeune couple paisible enlacé sur la pelouse. Sous-titre : « Pour l’avenir de l’Allemagne. Notre Europe c’est la paix, de bonnes relations avec nos voisins et la défense de nos valeurs. » Les derniers sondages accordent 33 % des voix à la CDU, un léger mieux par rapport à 2014.

Les grands gagnants de ce scrutin risquent bien d’être les Verts qui, si l’on en croit les sondages, vont doubler leur mise, passant de 10,7 % des voix en 2014 (et 8,9 % aux législatives de septembre 2017) à 16 à 20 % le 26 mai. Les manifestations « Fridays for future » qui ont propulsé le climat en tête des thèmes du débat public, l’interminable scandale du Diesel, mais aussi l’occupation par les activistes de la forêt de Hambach située entre Aix-La-Chapelle et Cologne que le géant de l’électricité REW voulait raser pour exploiter la lignite du sol… tout cela a contribué au succès croissant des Verts et à la grande popularité de leurs dirigeants.

L’AfD à la traîne

Avec son slogan « L’Europe a besoin de l’alternative » l’AfD est le seul parti qui dénote. Les populistes risquent aussi de profiter de ce scrutin, mais moins que prévu il y a quelques mois encore. Les derniers sondages ont des allures de douche tiède pour ce parti qui exige le Dexit, la sortie de l’UE, si aucune réforme radicale n’intervient d’ici 2024. Les populistes, qui espéraient faire un raz-de-marée, ne sont crédités que de 11 % des suffrages. C’est moins que le résultat aux législatives. Mais c’est un bond en avant par rapport aux 7 % en 2014. Leurs dirigeants salis par de vilaines affaires de financement occulte et déchirés par d’incessantes querelles internes ne sont pas assez convaincants. L’AfD espère une grande alliance avec les extrêmes droites européennes.

Ce qui est sûr, c’est que la CDU/CSU et le SPD, ces deux gros tankers qui depuis la guerre se passaient la balle d’une élection à l’autre, continuent d’être très affaiblis. Le 26 mai, les Verts et l’AfD risquent de perturber une fois de plus le jeu bien huillé des deux grandes formations traditionnelles.

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