Il y a eu le 2 juin un nouvel incident sur le canal de Giudecca, à Venise, qui n’a heureusement fait aucune victime. Un des moteurs du MSC Opera, qui peut accueillir 3.500 personnes, a accéléré au lieu de ralentir. Un militant local a commenté le danger des paquebots de croisière géants pour l’écosystème particulier de la lagune.

La municipalité de Venise a délivré l’enregistrement du discours que le maire de la ville Luigi Brugnaro a prononcé à cette occasion. Il a notamment déclaré qu’il n’était plus concevable que des navires de croisière puissent passer par le canal très fréquenté de la Giudecca et a appelé à l’ouverture immédiate d’un nouvel itinéraire.

«Il y a un an, nous avons proposé notre solution, celle de la municipalité, de la Vénétie et de l’administration du port, au ministre de l’Infrastructure et des Transports [Danilo, ndlr] Toninelli. Le problème est évident, les navires ne doivent pas passer par les canaux de la ville. La situation actuelle a montré encore une fois ce qui arrive quand on ne prend pas à temps de décisions pertinentes», a souligné M.Brugnaro.

Et de prévenir que si le problème n’était pas résolu immédiatement, des manifestations seraient organisées.

«Nous exigeons que le ministre Toninelli prenne une décision sans délai», a déclaré le maire de Venise.

Par ailleurs, le Comité Pas de gros navires (Il Comitato No Grandi Navi) a annoncé une manifestation le 8 juin pour réclamer l’interdiction des navires de croisière dans le centre historique de Venise.

«On pouvait bien s’y attendre. Depuis plus de sept ans, nous menons une lutte pour que les gros navires accostent en dehors de la lagune. Cela avait déjà commencé avant la tragédie de 2012 avec le Costa Concordia. Par bonheur, l’incident de dimanche n’a pas eu de sérieuses conséquences. Seulement, quelques personnes ont été légèrement blessées, deux Néo-Zélandaises âgées restent encore à l’hôpital pour des soins», a déclaré Stefano Micheletti, porte-parole du Comité Pas de gros navires.

Et d’ajouter qu’il s’agissait de paquebots de croisière géants qui ne devraient pas passer à côté de la place Saint-Marc, polluant l’eau, l’air et la vue dans le délicat écosystème de la lagune.

«Les navires de croisière deviennent de plus en plus encombrants de sorte qu’il n’y a plus de place pour eux dans de vieux ports. Aussi, faut-il construire de nouveaux ports en haute mer. […] Si le gouvernement le voulait effectivement, une décision pourrait être prise très rapidement. Pourtant, sept ans n’ont pas suffi pour résoudre le problème. On comprend qu’il y va des intérêts de sociétés transnationales de tourisme qui contrôlent les bateaux de croisière et qui se livrent au lobbying. Des milliards de dollars sont en jeu, et c’est déjà de la politique», a expliqué l’interlocuteur de l’agence.

Il a rappelé qu’un plan visant à détourner les grands navires de croisière du bassin de Saint-Marc et du canal de la Giudecca vers le canal de Vittorio Emanuele avait été élaboré par les autorités locales il y a quatre ans, mais que le gouvernement traînait toujours pour éloigner les paquebots de la lagune.

«Est-ce bien un « gouvernement des changements »? Ce nouveau gouvernement italien fait la même chose que le gouvernement précédent, recourant à toute sorte de subterfuges et prétendant qu’il y avait déjà une solution. Ils ne font que faire traîner en longueur, tout en laissant d’énormes navires passer à côté de la place Saint-Marc», a résumé M.Micheletti.

En 2017, le gouvernement italien a annoncé l’interdiction des navires de croisière dans le centre historique de Venise, suite au mécontentement de longue date des habitants. Mais il faudra encore deux ans avant de voir un début de changement. Seuls les navires pesant plus de 100.000 tonnes seront redirigés vers un port encore en construction, dans la ville voisine de Marghera. Le dragage des canaux et la construction de ce nouveau port devraient prendre environ quatre ans. Quoi qu’il en soit, la ville de Venise, vivant principalement du tourisme, est dépendante des revenus de l’activité touristique florissante.

L’Unesco a déjà averti Venise que les navires géants mettaient en péril le patrimoine mondial. De leur côté, les écologistes mettent en garde contre les risques pour l’écosystème, déclarant que les navires de croisière devaient quitter la lagune de Venise qui n’a rien à voir avec la mer.

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