Deux Américaines et six enfants, issus de familles liées au groupe Etat islamique (EI) en Syrie, ont été remis mercredi aux Etats-Unis par les autorités locales kurdes qui pressent les pays occidentaux réticents de rapatrier des milliers de leurs ressortissants.

Les deux Américaines et les enfants étaient dans le camp de déplacés d’Al-Hol, dans le nord-est syrien, où sont détenus des milliers d’étrangers affiliés aux jihadistes, a précisé à l’AFP Kamal Akef, un porte-parole de l’administration semi-autonome kurde.

Depuis la proclamation en mars de la victoire face au « califat » de l’EI en Syrie, les autorités kurdes soutenues par Washington sont confrontées à des défis de taille, notamment la situation alarmante dans les camps de déplacés surpeuplés.

Ces camps du nord-est syrien accueillent 12.000 étrangers – 4.000 femmes et 8.000 enfants de jihadistes gardés sous haute surveillance. A plusieurs reprises, Washington a fustigé la réticence des pays européens à rapatrier leurs ressortissants.

« A la demande du gouvernement américain (…) deux femmes américaines et six enfants ont été rapatriés aux Etats-Unis », a précisé M. Akef mercredi, dans un communiqué qui ne révèle pas l’identité des personnes concernées.

A Washington, le département d’Etat américain s’est lui aussi refusé à fournir des détails sur ces personnes, mais a confirmé qu’ils ont été pris en charge en « sécurité ».

L’initiative intervient deux jours seulement après le rapatriement de cinq orphelins norvégiens issus de familles liées à l’EI, et une semaine après le départ d’environ 150 femmes et enfants ouzbeks.

Par ailleurs, plusieurs centaines de femmes et enfants syriens ont été autorisés à quitter le camp d’Al-Hol, où s’entassent près de 74.000 personnes selon l’ONU, après une requête présentée par des chefs de tribus et des figures locales.

Coopération

Par le passé, au moins deux Américains, un homme et une femme -mère de quatre enfants-, accusés d’avoir collaboré avec l’EI en Syrie ont été rapatriés aux Etats-Unis pour y être jugés, avait annoncé Washington en juillet 2018.

Mais confrontées au cas de Hoda Muthana, une jeune femme qui souhaite revenir aux Etats-Unis après avoir rejoint l’EI, les autorités américaines ont assuré qu’elle n’avait pas la nationalité, même si elle est née sur le territoire.

Une procédure judiciaire a été entamée par ses proches pour prouver le contraire et obtenir son retour.

Après avoir conquis l’ultime fief des jihadistes dans l’est syrien, au terme d’une offensive soutenue par une coalition internationale emmenée par Washington, les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont proclamé le 23 mars la défaite du « califat » de l’EI.

Depuis plusieurs mois, les autorités kurdes n’ont de cesse de réclamer le rapatriement des femmes et des enfants de pays étrangers, et elles travaillent activement sur ce dossier.

La Russie, le Kazakhstan ou encore le Kosovo se montrent très coopératifs.

Mais à ce jour, la France a rapatrié une poignée d’orphelins et une fillette de trois ans. Selon le ministère français des Affaires étrangères, environ 450 ressortissants français affiliés à l’EI sont en prison ou retenus dans des camps de réfugiés.

« Situation difficile »

Les autorités kurdes ont, à maintes reprises, alerté sur la situation humanitaire du camp d’Al-Hol, réclamant plus d’aide. Les ONG ont aussi dénoncé des conditions extrêmes, notamment une malnutrition aiguë chez les enfants et le manque de soins médicaux.

Tout au long de l’assaut contre l’ultime réduit de l’EI dans l’est syrien, c’est à Al-Hol qu’étaient envoyés femmes et enfants de jihadistes étrangers, mais aussi les Syriens et Irakiens évacués. Résultat: en quelques mois, le camp s’est retrouvé saturé.

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), les femmes et les enfants représentent 91 % des déplacés d’Al-Hol, tandis que 65 % de la population du camp est âgée de moins de 12 ans.

Des manifestations ont eu lieu début mai menées par des femmes réclamant de meilleurs services et des informations sur le sort de leurs maris détenus, souligne l’agence onusienne.

« La situation dans le camp est très difficile », mettait en garde lundi Cheikhmous Ahmed, un responsable de l’administration kurde, dénonçant l’inaction « des organisations internationales qui n’assument pas leurs responsabilités envers les déplacés ».

Au départ, les autorités kurdes réclamaient le renvoi vers leurs pays d’origine des jihadistes étrangers. Mais face aux tergiversations des Occidentaux, elles veulent aujourd’hui un tribunal international pour juger les jihadistes en Syrie.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations, le conflit en Syrie devenu complexe avec l’implication de plusieurs acteurs régionaux et internationaux, outre les groupes jihadistes, a fait plus de 370.000 morts et poussé à la fuite des millions personnes.

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