Les forces de l’ordre vont s’assurer qu’aucun autre drapeau que « l’emblème national » ne sera brandi dans les manifestations en Algérie, a prévenu le chef d’état-major de l’armée Ahmed Gaïd Salah, en allusion au drapeau berbère très présent dans les défilés depuis février.

Véritable homme fort du pays depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, le général Gaïd Salah, s’est exprimé pour la troisième fois en trois jours, dénonçant « la tentative d’infiltrer les marches et de porter d’autres emblèmes que notre emblème national par une infime minorité ». Des « instructions strictes ont été données aux forces de l’ordre pour une application rigoureuse des lois en vigueur et pour faire face à quiconque tente encore une fois d’affecter les sentiments des Algériens à propos de ce sujet sensible et délicat », a-t-il poursuivi.

Les mesures envisagées n’ont pas été précisées. S’il n’a pas explicitement désigné l’emblème mis en cause, le chef d’état-major semble clairement faire référence au drapeau amazigh (berbère) –constitué de trois bandes horizontales bleue, jaune et verte et frappé au centre de la lettre Yaz de l’alphabet tinifagh. Ce drapeau est largement brandi, au côté des couleurs nationales, dans les manifestations qui réclament depuis le 22 février un changement de régime.

« L’Algérie ne possède qu’un seul drapeau (…) symbole de (sa) souveraineté (…), de son indépendance, de son intégrité territoriale et de son unité populaire », a martelé le général Gaïd Salah, estimant « inacceptable de manipuler les sentiments et émotions du peuple algérien ».

L’identité amazighe est un sujet sensible en Algérie, où un quart de la population, soit 10 millions de personnes, est berbérophone. Concentrés majoritairement dans la région de Kabylie (nord), les Berbères sont également présents dans le Centre, l’Est et le grand Sud du pays.

L’identité amazighe a fait l’objet de nombreuses revendications, notamment culturelles et linguistiques, longtemps niées voire réprimées par l’Etat algérien qui s’est construit autour de l’arabité.

La langue berbère, le tamazight, n’a été reconnue langue nationale qu’en 2002, après près d’un an de sanglantes émeutes en Kabylie (« Printemps noir », 126 morts), avant d’être consacré langue officielle au côté de l’arabe dans la Constitution adoptée en 2016.

Après avoir obtenu le départ de M. Bouteflika, les manifestants réclament désormais celui de tous ses anciens fidèles encore aux commandes, et refusent que soit mise en avant toute autre revendication, notamment identitaire.

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