Depuis des siècles, le sourire de Mona Lisa, peinte sur le fond d’un paysage rejoignant le ciel par le génie Léonard de Vinci, fascine, écrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta. Parmi les auteurs qui ont consacré des œuvres à la Joconde, on peut notamment citer Sigmund Freud avec Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci (1910) ou Ray Bradbury avec The Smile. Dans les années 1980, deux magazines de psychologie – Psychophysiology et Social Psychology – ont également consacré de grands articles à l’analyse de la position des lèvres de Mona Lisa.

Les collaborateurs de la St George’s University of London ont récemment repris ce sujet dans la revue Cortex. L’introduction de l’article indique que la dernière interprétation du sourire énigmatique de la Joconde est celle de l’expression du bonheur.

Les auteurs estiment que Léonard était un physionomiste merveilleux, c’est-à-dire un grand connaisseur des expressions faciales et des gestes des mains et du corps. C’est pourquoi il a peint un sourire asymétrique, laissant derrière lui un mystère fascinant lié à son œuvre. Les scientifiques affirment également avoir trouvé une solution à cette énigme sur la base d’un sondage mené auprès de 42 personnes saines du point de vue neurologique qui avaient répondu à un questionnaire sur six expressions des émotions humaines fondamentales (ou neutres, n’exprimant rien).

Les chercheurs ont analysé non seulement les réponses des personnes interrogées, mais aussi leur certitude et – ce qui est important du point de vue de l’objectivité (de 0 à 10 points) – leur temps de réaction. Le groupe comprenait 23 femmes dont l’âge moyen était proche de 39 ans. L’expérience a été menée par Lucia Ricciardi, chef du groupe d’étude du contrôle et des troubles moteurs à la St George’s University of London. Avec ses collègues de Rome et de Cincinnati, cette dernière mène des recherches de grande envergure consacrées à la maladie de Parkinson et à la myopathie de Duchenne (DMD).

La chercheuse s’est laissée guider par le fait que le sourire de Mona Lisa n’était pas vraiment naturel et qu’il manquait de sincérité. Qui plus est, l’expression du bonheur ne ressort que de la moitié gauche du sourire, caractérisée par le coin levé de la bouche. On a également présenté aux participants deux images chimériques de la partie basse du visage de la Joconde.

La majorité écrasante des participants (93%) a estimé que la «chimère» de gauche exprimait le bonheur, alors que personne n’a eu le même sentiment en observant celle de droite: 35 personnes ont dit qu’il s’agissait d’une expression neutre, contre cinq réponses en faveur du mécontentement et deux opinions en faveur du chagrin. La moitié gauche du visage a entraîné une certitude plus importante des réponses par rapport à celle de droite (7,5 contre 6), pour un temps de réaction plus ou moins équivalent.

Lucia Ricciardi en tire donc une conclusion univoque: le sourire de Mona Lisa est asymétrique, et le bonheur n’est exprimé que par la partie gauche de ses lèvres.

D’un point de vue purement féminin, Lucia Ricciardi reconnaît qu’une séance de pose prolongée suscite de la tension, ce qui pourrait s’exprimer par une expression «forcée» du visage. Léonard de Vinci était pourtant connu pour sa technique de «sfumato», consistant en un modelé vaporeux. L’asymétrie aurait donc pu être une décision consciente du peintre. Elle aurait également pu s’expliquer par un léger trouble neurologique témoignant de la progression d’une myopathie de Duchenne.

Le magazine Neurology Genetics indique que le chlorure de lithium (LiCl) aide les muscles à surmonter la dystrophie en rétablissant la synthèse de la dystrophine, protéine dont la mutation suscite la DMD. Le lithium fait partie de la composition du médicament prescrit aux personnes souffrant de la maladie de Parkinson, alors que le LiCL a été utilisé avant 1949 de la même manière que le sel ordinaire NaCl (les médecins ont obtenu plus tard son interdiction, car cette substance est toxique pour certaines personnes).

Comme il est malheureusement impossible d’analyser aujourd’hui le génome de Mona Lisa, le mystère de son sourire fascinera sans doute les générations à venir… si ce tableau n’est pas «dévoré» par les micro-organismes. Dans tous les cas, le magazine Scientist tire la sonnette d’alarme en raison d’une contamination dangereuse du Couronnement de la Vierge de Carlo Bononi, situé sur le plafond de l’église de Ferrare (Italie). Les microbiologistes recherchent actuellement des moyens de débarrasser la peinture des bactéries et des champignons tels que l’aspergillus, le penicillium ou le cladosporium. Le nom de ce dernier est lié à Clotho, déesse de la mythologie grecque qui tissait le fil de la vie des hommes (et des peintures, comme on le constate aujourd’hui)…

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur de l’article repris d’un média russe et traduit dans son intégralité en français.

Etiquette: ; ; ;