L’homme d’affaires et philanthrope turc Osman Kavala, incarcéré depuis presque deux ans, a été maintenu jeudi en détention provisoire à l’issue de la deuxième audience de son procès pour « tentative de renversement du gouvernement » en ayant apporté son soutien à des manifestations.

Au cours de l’audience, M. Kavala a demandé sa remise en liberté conditionnelle, affirmant qu’« aucun élément concret de preuve » n’appuyait les accusations portées contre lui.

Mais le juge a rejeté cette demande, à laquelle le procureur s’était aussi opposé, a dit l’avocat de M. Kavala, Ilkan Koyuncu.

La prochaine audience aura lieu les 8 et 9 octobre. Andrew Gardner, chercheur à Amnesty International en Turquie, a qualifié la décision du tribunal de « décevante ».

« Nous étions optimistes, donc c’est très décevant. C’est rageant qu’Osman Kavala soit en prison depuis 625 jours« , a-t-il réagi. »Rien dans l’acte d’accusation ne fournit la moindre preuve d’un crime ».

Selon lui, ce procès « est une tentative de punir M. Kavala pour ses activités au sein de la société civile et d’intimider celle-ci ».

M. Kavala, une figure connue et respectée dans les cercles intellectuels en Europe, est accusé avec 15 autres personnes de « tentative de renversement du gouvernement » pour avoir soutenu un vaste mouvement de contestation antigouvernementale en 2013, connu sous le nom de « mouvement de Gezi ».
A l’ouverture du procès le 25 juin, le tribunal de Silivri, à la lisière d’Istanbul, avait rejeté une première demande de remise en liberté de M. Kavala. Le tribunal avait en revanche ordonné la libération conditionnelle d’un de ses co-accusés comparaissant également en détention, Yigit Aksakoglu. Cette mesure est assortie d’une interdiction de quitter le territoire.

Les 16 accusés risquent la prison à vie dans cette affaire qui suscite l’inquiétude des défenseurs des droits humains. Ceux-ci dénoncent une « chasse aux sorcières« et assurent qu’il n’existe »pas l’ombre d’une preuve » pour appuyer l’accusation.

L’incarcération de M. Kavala depuis plus de 600 jours a fait de lui le symbole de la répression orchestrée contre la société civile en Turquie, en particulier depuis une tentative de putsch en 2016 suivie de purges massives.
Le philanthrope est accusé d’avoir financé les gigantesques manifestations de 2013 contre Recep Tayyip Erdogan, qui était alors Premier ministre (avant de devenir président l’année suivante). A l’ouverture du procès, il avait qualifié les accusations pesant sur lui d’« allégations irrationnelles dénuées de preuves ».

Le mouvement de Gezi a commencé avec un sit-in de militants écologistes pour défendre le parc du même nom, l’un des rares espaces verts au cœur d’Istanbul. Après une brutale répression, il s’est transformé en mouvement plus global contre M. Erdogan.

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