A quelques heures d’un vote de confiance des députés jeudi, le Premier espagnol Pedro Sanchez n’avait pas réussi à conclure une alliance avec la gauche radicale de Podemos qui lui permettrait d’être reconduit au pouvoir.

Ses négociations sur le fil du rasoir avec Podemos pour former ce qui serait le premier gouvernement de coalition en Espagne depuis la guerre civile, étaient pratiquement rompues, les deux parties s’en rejetant mutuellement la responsabilité.

Son échec à la Chambre jeudi après-midi rapprocherait l’Espagne de la convocation de nouvelles élections, les quatrièmes en quatre ans.

Vainqueur des législatives d’avril dernier avec seulement 123 sièges sur 350, Sanchez a absolument besoin d’alliances pour rester au pouvoir.

Pour être investi, il lui suffirait de recueillir plus de oui que de non. Mais il lui faut pour ça arracher un accord à Podemos.

Inadmissible

Mais les socialistes accusent Podemos de réclamer cinq ministères et de présenter des exigences « inadmissibles ».

« Podemos voulait gérer plus de la moitié du budget… Ils nous ont demandé littéralement le gouvernement », c’est une position « absolument irréaliste de leur part », a déclaré à la radio la numéro deux du gouvernement sortant, Carmen Calvo, qui négocie pour les socialistes.

« Nous n’allons pas entrer au gouvernement à tout prix », a prévenu le chef de négociateurs de Podemos, Pablo Echenique. Le parti socialiste dit « nous vous proposons de placer quatre personnes au gouvernement (…) mais sans les attributions qui permettraient d’améliorer les conditions de vie de la population ».

Les socialistes « ne nous ont jamais fait une proposition qui permettrait de faire la politique que nous proposons: augmenter le salaire minimum, mettre fin au travail précaire, baisser le prix de l’électricité, combattre le changement climatique, a fait savoir Podemos. Ils nous ont même refusé le portefeuille du travail parce que +nous dérangeons le patronat+ ».

Le chef de Podemos, Pablo Iglesias, qui a déjà dû renoncer à siéger au gouvernement à la demande de Sanchez, l’avait accusé mardi de vouloir « humilier » son parti en ne lui offrant que « des rôles de figurants ».

Le parti de gauche radicale, qui compte 42 députés, rappelle amèrement qu’il a déjà dû renoncer aux ministères régaliens: Intérieur, Justice, Défense, Affaires étrangères et Finances.

Les négociateurs ont jusqu’à jeudi à 13H30 (11H30 GMT) pour s’entendre, l’heure fixée pour le début du second tour d’investiture.

Un accord des deux partis de gauche est pratiquement assuré des soutiens et des abstentions de petits partis régionaux, y compris les indépendantistes catalans de Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, Gauche républicaine catalane), nécessaires à l’investiture de Pedro Sanchez.

Mais cette coalition n’aura pas les coudées franches pour mener des réformes d’envergure, relève Antonio Barroso, du cabinet de consultants Teneo.

« Ils n’auraient pas de majorité dans une chambre très fragmentée » et « en fait l’entrée de Podemos va encore limiter la marge de manoeuvre de Sanchez pour négocier des accords politiques ponctuels », vu l’antagonisme entre Podemos et les partis de droite, estime-t-il.

Eviter septembre

S’ils échouent à s’entendre en revanche, Pedro Sanchez aura jusqu’au 23 septembre pour trouver une formule qui lui permette de se maintenir au pouvoir, faute de quoi de nouvelles élections seront automatiquement convoquées le 10 novembre.

Mais septembre « n’est pas une période faste pour faire de la politique », a averti le chef du groupe parlementaire d’ERC à la chambre Gabriel Rufian, en incitant le PSOE à pactiser avec Podemos.

« On sera alors tout près » du verdict du procès de 12 leaders séparatistes catalans pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne, a-t-il rappelé. Leur condamnation attendue risque de remobiliser les séparatistes qui organisent déjà tous les ans une manifestation monstre pour la journée de la Catalogne, le 11 septembre.

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