Un ancien SS, impliqué dans le massacre d’Ascq en 1944, a été mis en accusation en Allemagne pour incitation à la haine raciale et atteinte à la mémoire des morts, a annoncé mercredi le Parquet de Hildesheim.

Le vieillard, Karl Münter, 96 ans, est poursuivi pour ses propos lors d’un entretien à la chaîne publique ARD diffusé le 29 novembre 2018. Il y avait notamment assuré que le chiffre de 6 millions de Juifs assassinés par les nazis était exagéré, selon le Parquet. Cette mise en accusation fait suite à la plainte de familles de victimes du massacre d’Ascq, dans le nord de la France, qui avait fait 86 morts civils.

Elle permet aux descendants d’espérer un procès, après leur échec à faire juger l’ancien SS pour son rôle dans la tuerie. En mars 2018, le Parquet allemand avait en effet annoncé l’abandon des poursuites parce que le suspect avait déjà été condamné à mort par contumace par un tribunal militaire en France en 1949 et qu’il ne pouvait donc être jugé une seconde fois pour ces mêmes faits.

Outre ses propos sur l’holocauste, Karl Münter a aussi été mis en accusation pour avoir estimé que les victimes d’Ascq étaient aussi responsables de leur mort. Interrogé par ARD pour savoir s’il regrettait ces événements, l’intéressé avait répondu: «Non pas du tout! Pourquoi devrais-je regretter?». Selon le Parquet, l’ancien SS assure qu’il ne se savait pas filmé et enregistré. En cas de condamnation, Karl Münter risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

«Il était temps… Enfin, la justice prend en main ce dossier. Et la justice allemande en plus ! C’est une reconnaissance de notre douleur, de tout ce qu’on a vécu, de ce qui n’a jamais été reconnu», a déclaré à l’AFP Jacqueline Ruckebusch-Béghin, fille de l’un des massacrés d’Ascq, aujourd’hui âgée de 77 ans. «Soixante-quinze ans après, ce n’est pas une question de vengeance, c’est tout le contraire. On voudrait par ce procès que la justice reconnaisse les mensonges de Karl Münter, que la vérité soit rétablie. Seule la vérité sur ces horreurs, sur le négationnisme, permettra d’aller vers l’apaisement et de montrer que la guerre ne doit plus exister», a-t-elle dit.

En raison de son grand âge, des expertises médicales devront encore être réalisées, attestant de sa capacité à être jugé, avant qu’un procès puisse éventuellement avoir lieu. Malgré sa condamnation après la Guerre, l’ancien SS n’a jamais été emprisonné. Il a vécu dans le nord-ouest de l’Allemagne où il travaillait à la Poste.

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